développements, puissance, pignons et magie

Je m'étais promis de n'en dire que le minimum. Deux ou trois notions peuvent toutefois être nécessaires pour appréhender ce minimum. Pour le reste, c'est mon avis, mes habitudes, qui valent pour moi. Je donne à picorer, ingère et transforme qui voudra.

les tailles de roues

Les vélos les plus courants existent en trois tailles de roues, définies par leur diamètre. Le 700, le 650 et le 26 pouces (plus de détail ici : 650b 26x1.75 700 584-32 et tout ça). Le 700 mm est le diamètre habituel des vélos de course, la circonférence du pneu fait environ 2,10 m. Le 650 est le standard traditionnel des touristes à vélo, sa circonférence est d'environ 1,98 m. Le 26 pouces est le diamètre habituel des vélos tous terrains pour adultes, la circonférence du pneu est un peu inférieure à celle du 650. Si le 700 est souvent à pneus fins (moins de 25 mm de large), il sert aussi pour des VTC de plus de 35 mm de large, le diamètre de la roue est alors supérieur. Le 650 fait habituellement de 32 à 45 mm de large, mais existe aussi en version « course » de 20 à 23 mm. Le 26 pouces, originellement large avec des crampons, existe à présent dans des versions « route » aux largeurs comparables à celles du 650 B. Un pareil tableau fait penser aux titres de deux ouvrages de Sempé :"Rien n'est simple" et "Tout se complique". Alors, reprenons à la base le développement, la cadence, la puissance, les pignons, et quelques croyances qui s'y attachent.

le développement

Le développement est le résultat d'une petit arithmétique : nombre de dents du plateau avant divisé par le nombre de dents du pignon arrière, puis on multiplie le résultat par la circonférence de la roue. Soit, par exemple, pour un 700 « course » : 42 / 18 x 2,1 = 4,90 m. Ce développement de 5 m environ est souvent considéré comme la « base ». Cette base est utilisée sur le plat sans vent et doit pouvoir être emmenée pendant des heures, tranquillement. J'utilise moins, environ 4,20 m sans chargement, soit 40 / 20 en 700 ou 40 / 19 en 650. Bien d'autres rapports aboutissent au même développement, ainsi 34 / 17 en 650.

Ce développement de base n'est utilisable continûment que dans des conditions idéales et stables. C'est à dire quasiment jamais. Le vent, les montées, les descentes, font sans cesse varier les conditions. On met « plus grand » quand c'est plus facile, et « plus petit » quand ça l'est moins. Gaffe aux paradoxes. Comme il s'agit d'un rapport, d'une division, avec le même plateau, il faudra mettre un pignon plus grand (positionner la chaîne plus à gauche) derrière pour avoir « plus petit ».

la cadence

Dernière notion : la cadence ou fréquence de pédalage. Elle est égale au nombre de tours de pédalier que l'on effectue en une minute. Le pédalier, c'est le truc où sont accrochées les pédales et où la chaîne vient s'engrener sur les plateaux avant. Quand vous faites un tour complet avec une pédale, vous avez fait un tour de pédalier. Un tour de pédalier fait deux « coups de pédale ». Quand on connaît la fréquence de pédalage et le développement, on peut en déduire la vitesse : vitesse en mètres par minute = développement x fréquence. Pour trouver la vitesse en km/h, on multiplie par 60, et on divise par mille. Par exemple, un cycliste qui « tourne » à 80 tours de pédaliers à la minute sur un développement de 5 mètres roulera à une vitesse de : 5 m x 80 x 60 = 24 000 m / h, soit 24 km/h .

Il est possible de déterminer la fréquence en connaissant vitesse et développement. Soit un cycliste roulant à 20 km/h avec un développement de 5 m

20 km = 20 000 m en 1 heure, soit, en 60 minutes :
20 000 / 60 = 333 m, et sa fréquence est de :
333 / 5 = 67 tours à la minute.

Et à quoi ça sert ? Ça peut ne servir à rien. Un bon vélo, avec les développements qu'il faut, si l'on « sent » quand il faut changer de vitesse (= de développement), fait qu'on peut se moquer éperdument de ces petits calculs. Et vivre très bien comme ça. Si les vendeurs connaissaient leur métier, on aurait moins besoin de se creuser le ciboulot.

Ça peut servir à calculer ses développements, à adapter sa machine à ses besoins. Je donne ci-dessous mes solutions, celles qui me conviennent à mon âge. Je ne les préconise pas, nous sommes tous différents. On pourra aussi consulter utilement le site Sport et performances, ou un autre, qui propose un petit calculateur évitant de se prendre la tête http://sportech.online.fr/sptc_idx.php?pge=spfr_esb.html

La fréquence de pédalage est très variable selon les individus, les types de pratique, et l'entraînement. Elle est couramment d'environ 60 pour aller acheter son pain, de 80 chez un cyclotouriste et autour de 90 à 100 pour un coureur. Les 80 du cyclotouriste sont une moyenne. Il tourne moins vite dans les côtes, et peut tourner plus rapidement dans les descentes. Il existe des cyclotouristes qui s'accommodent fort bien d'une faible cadence, et d'autres qui « moulinent » à des allures impressionnantes. La capital génétique, le type de fibres musculaires dominantes (lentes, semi-rapides, rapides), la capacité aérobie, la hauteur de l'entrejambe et toutes ces sortes de tintouin en seraient responsables.

Conclusion : faites comme vous le sentez. La règle est que vous vous sentiez bien, surtout après avoir pédalé longtemps. Essayez quand même de sortir de vos habitudes, pour trouver ce qui vous va. Une sortie en tournant plus vite, une sortie en tirant plus gros. Chacun finit par trouver son style.

Pour ma part, je sais que je tourne assez vite, sans excès, 80 à 90 sur le plat, 60 à 70 en côte, 110 à 120 en descente. « Tu tournes vite les pieds pour avancer tout doucement » m'a dit un jour mon observatrice épouse. Je sais que je me sens bien sur mon 4,20 m, et avec un bon mètre de moins avec le chargement de cyclo-campeur. Soit avec un 650B : 

(34/17) x 1,98 x 85 x 60 = 20 196 m/heure, soit 20 km/h environ avec le vélo équipé pour une petite promenade,

(34/21) x 1,98 x 85 x 60 = 16 349 m/heure, soit 16 km/h environ avec le vélo chargé pour le voyage.

La cadence est sensiblement la même, avec ou sans chargement. Je ne « tire » donc pas en force. Le principe est sensiblement le même en côte.

la puissance constante

En sophistiquant (un peu) le calcul, il est possible d'évaluer sa puissance. Je me suis aperçu que je développe à peu près constamment la même puissance, quel que soit le vélo, la pente, le poids ou le vent. Peut-être est-ce la recette de l'endurance malgré des capacités athlétiques très limitées, ou bien je réussi à avancer comme je peux avec la faible puissance dont je dispose. Tout le reste varie en permanence : développement et fréquence notamment. Il m'arrive aussi dans une côte où je mouline consciencieusement, de descendre ma chaîne de deux pignons et de faire quelques dizaines de mètres en danseuse, histoire de me soulager l'arrière-train et de faire travailler les muscles dans une position un peu différente. C'est à l'inspiration du moment, à la sensation kinesthésique et à l'écoute des bobos qu'on apprend.

le choix des pignons

Cette recherche empirique de cette constance m'amène au choix de pignons les plus proches possibles les uns des autres : 1 dent d'écart sur les premiers, 2 sur les derniers, pour éviter les à-coups et les pertes d'inertie. Je roule le plus économiquement possible. Résolument fainéant ou plutôt économe (la paresse est une sagesse).

Toujours de manière empirique, à force de pratique, j'ai déterminé mon plus petit développement nécessaire, de l'ordre de 1,40 m, soit 20 / 28 en 650 B. Le résultat d'un rapport 22/32 en 700 est très proche.

Les étagements de vitesse sont donc tout trouvés :

  • un braquet de base de 4,20 m sera obtenu avec le plateau moyen et le pignon du milieu de la roue libre,
  • un développement minimal de 1,40 m à peu près (ce qui correspond aussi à un plateau de 22 et un pignon de 32 avec des roues de 26x1,75)
  • un développement maximal permettant de se lancer à 45 km/h en début de descente (42/13 à 120 tours/minute),
  • et le reste est à étager au plus serré possible.

les chiffres ne sont pas magiques

Les chiffres et les calculs ne sont que des aides à vos sensations, à votre sentiment de bien-être, surtout pas de la magie. Imiter les autres est vain et dangereux. Tel champion gravit les cols à 100 tours de pédalier par minute. Grand bien lui fasse ! D'autres se vantent de monter les côtes les plus dures sur 42/18 minimum. Et alors ? Pourquoi vouloir les imiter ? Est-ce que vous courez le 100 m en moins de dix secondes, est-ce que vous sautez plus de neuf mètres en longueur, est-ce que vous soulevez cent quarante kilos à bout de bras au-dessus de votre tête ? Les autres magies sont toutes aussi primitives et démenties par l'expérience : constance de la cadence par exemple, ou cadence au moins égale à...

La comparaison me semble être à faire avec le pas du marcheur. Il fait des pas moyens sur le plat, des pas plus grands dans les descentes, et des plus petits pas dans les montées. Ses pas sont plus lents en montée qu'en descente. De même, quand vous vous apprêtez à gravir le long escalier d'un phare pour aller admirer le point de vue, il est rare que vous vous précipitiez pour aborder quatre à quatre les 300 marches. Pourquoi les cyclistes veulent-ils à tout prix arriver le plus vite possible en haut des côtes ? Ça échappe à mon entendement. Et ils sont pires en groupe. Imaginez une promenade après un repas de famille. Tous les convives rouges et dispersés le long de chemin qui mène en haut de la petite colline derrière la maison. Le beau-frère s'éponge le front et attend les autres en haut d'un air goguenard, le menton à l'horizontale, imbu de l'orgueil du vainqueur. C'est ridicule ? C'est ce que font les cyclistes le dimanche matin. Il paraîtrait que ça s'appellerait du « sport ». j'aime pas le sport

les compteurs sont pratiques

Les compteurs sont de plus en plus sophistiqués. Ce qui réclamait auparavant des calculs plus ou moins savants peut être donné en direct par les ordinateurs de plein air spécifiques aux bicyclettes : vitesse, distance évidemment, mais aussi cadence, développement, puissance, altitude, pente, cumuls et moyennes de tout ça et de bien d'autres choses. Génial. À condition de maîtriser les notions, d'avoir la patience de lire les mode d'emploi pour se familiariser avec la bête, et le porte-monnaie suffisamment garni. Les prix baissent un peu alors que le nombre de fonctions augmente, mais ils demeurent relativement élevés, de l'ordre de 150 à 200 € pour disposer des fonctions évoquées. Gardez aussi un oeil sur les options nécessaires pour avoir toutes les fonctions et l'équipement d'un éventuel deuxième vélo, sinon vous allez y laisser un bras. Taper "compteur vélo cardio altimètre cadence" dans un moteur de recherche pour voir ce qui existe chez Sigma, Polar ou Cateye par exemple. Pour le double de zeuros, un GPS donne tout ça, et en plus permet de se repérer plus facilement, comme celui-là par exemple : Le GPS qui me va bien