VAE, critères de choix pour le voyage

Critères de choix d'un VAE pour un voyage de quelques jours ou quelques semaines

Les critères : 

  1. pour la partie cycle (sec ou VAE) le cahier des charges ou liste des critères de choix d'un vélo correctement conçu et équipé pour le voyage peut se lire par exemple ici: http://www.cyclo-randonnee.fr/achat/cat-velo-de-voyage-171.html  (le rédacteur est aussi bavard que moi... vous êtes prévenus, mais il explique bien et est complet) ;
  2. pour la partie assistance électrique :
  • un moteur de 250 watts, au-dessus c'est un cyclomoteur immatriculé et assuré, avec casque obligatoire, ou alors vous savez ce que vous risquez et ne viendrez pas vous plaindre en cas de soucis,
  • suffisamment de couple (50 à 80 Nm) pour monter sereinement les bosses avec des bagages, l'objectif n'étant pas la vitesse,
  • une batterie de 500 watts-heures minimum, soit 26 volts et 20 ampères-heure, ou 36 V et 13 à 14 Ah, 600 watts-heures seraient préférables, soit 26 V 23 Ah, ou 36 V et 16 à 17 Ah, ou 48 V et 12 à 13 Ah,
  • des technologies fiables, donc éprouvées ; ce qui est, je l'admets, contradictoire avec l'innovation, le risque est donc à calculer en choisissant des marques connues de composants.

A ma connaissance, le VAE réunissant l'ensemble des critères cycle et assistance électrique... n'existe pas sur le marché. Le touriste à vélo électrique demeure pour une part dans l'approximation, l'adaptation et le bricolage-maison, le transport de batterie(s) supplémentaire(s) dans les sacoches, et quelques uns s'en trouvent très bien, le mieux étant parfois l'ennemi du bien. Soyons quand même optimiste et gageons qu'à la demande grandissante finira par correspondre une offre intelligente (bel optimisme à l'égard de la possible régulation du marché, la croyance ne suffit pourtant pas à changer la réalité).

Si vos capacités sont inférieures à la moyenne, à cause d'un problème de santé ou de l'âge, les critères sont un peu différents. Je les expose là : VAE pour faiblards

À partir de ces critères, voici une vue critique sur quelques modèles.

Un germanique à moteur pédalier

Focus impulse 10 612wh

  • géométrie cadre correcte, même si les bases arrières sont assez longues en raison de la disposition de la batterie, quoique la forme de la batterie épousant celle de la roue permet un petit gain de longueur de base arrière, l'emplacement moteur et batterie est proche du centre de gravité,
  • pneus suffisamment larges pour être confortables,
  • accessoires et périphériques de qualité : porte-bagage robuste, béquille, feux avant et arrière bien accrochés et efficaces, garde-boue bien couvrants,
  • triangle principal dégagé pour y mettre deux bidons (emplacements prévus) et/ou l'antivol
  • suspension avant lourde et peu utile pour un usage principalement sur route,
  • freins hydrauliques à disque, que l'on estimera bien utiles pour arrêter le gros truc, ou trop compliqués pour faire un grand voyage où le rustique est adapté,
  • cintre (guidon) placé un peu trop haut, une seule position : à changer pour un cintre papillon ou trekking,
  • 11 vitesses, mais pas de triple plateau ou équivalent, le plus petit développement est de l'ordre de 2.45 mètres, un peu grand pour mon cas perso et les faiblards en général,
  • autonomie particulièrement intéressante avec sa batterie de 612 Wh soit 50% de réserve d'énergie de plus que le plus gros réservoir de chez Bosh, dont les batteries sont trop petites pour un voyageur et dont le nombre de cycles est trop faible,
  • couple également intéressant avec ses 70 Nm,

belle machine, qui se paye (on atteint les 2900 € pour ce Focus Aventura Impulse 10, ce qui peut sembler très beaucoup mais on a rien si on y met pas quelque chose), un peu tristounette peut-être (Teuton gris de l'est avec quelques touches de rouge de ci de là ; lourd et costaud, c'est aussi une image de marque ; les Teutons font aussi des sacoches vert pomme ou rose bonbon) mais les moteurs Impulse ont aussi acquis une réputation de fiabilité approximative. 

Un ibère sportif

velo-moteur-pedalier-nu.jpg

  • relativement léger pour un VAE (un peu moins de 20 kg)
  • l'emplacement de la batterie :
    • dégage le triangle central où l'on pourra mettre deux bidons et/ou l'antivol
    • allonge le cadre à l'arrière, ce qui est en contradiction avec le caractère sportif
  • pneus plutôt fins (25 mm de large) ; on pourra plutôt monter des 28 ou des 32 pour le confort, ce qui devrait être possible puisque les roues fines peuvent accepter des pneus de cyclo-cross
  • avorton de garde-boue à l'arrière, que l'on remplacera pas des vrais bien couvrants et bien arrimés, pour protéger le vélo et le cycliste, et par courtoisie envers les compagnons de route
  • pas de lumière, on en fait de belles petites à piles bien performantes de nos jours, encore faut-il les avoir avec soi et que les piles soient chargées
  • guidon plat mono position, à remplacer par un trekking ou papillon, pour varier les positions et éviter les douleurs de dos, nuque, poignet, etc. la potence pourrait en conséquence être aussi à changer, le vendeur devra être capable de faire une étude de position et les adaptations nécessaires (ceci est un critère de choix du vendeur, fuyez ceux qui refusent de bricoler)
  • 432 Wh dans la batterie, pas si mal, et annoncé de manière bien optimiste pour une autonomie de 150 km ; avec des accessoires et des bagages pour le voyage il sera sans doute difficile de dépasser les 100 et encore au mieux, en terrain pas trop vallonné et sans vent trop contrariant, un peu juste pour voyager,
  • batterie standard (Panasonic) pouvant peut-être être remplacée par un modèle plus évolué (mais en VAE comme en bien d'autres choses, les constructeurs n'assurent pas forcément la transition vers le réhaussement, ou sont très discrets sur le sujet)
  • la roue-libre 11 vitesses et le dérailleur sont externes, donc mettent des changements de chambre à air à l'arrière à la portée du commun des mortels, la cassette d'origine est une 11-36, le plus petit développement est le 41/36 soit 2.40 m environ
  • esthétiquement, il est moins triste que celui de dessus, mais un couvre-chaine pour un vélo sport, c'est curieux...
  • il est nettement moins cher que le premier (8 à 900 € de moins)

L'Ibère version ville et randonnée

  • un peu plus lourd que l'autre Ibère tout nu (équipements, roues et pneus obligent) : 21,5 kgvelo-moteur-pedalier-equipe.jpg annoncés
  • la batterie est la même que ci-dessus, 432 Wh
  • les pneus plus larges sont plus confortables, mais ont un rendement moindre, quoique les avis sont partagés sur ce sujet, surtout pour rouler aux alentours de 20 km/h, ce qui est déjà une bonne allure pour faire agréablement du tourisme à vélo,
  • les garde-boue sont enveloppants, 
  • le porte-bagage a un dessin torturé mais a l'air solide
  • les lumières sont alimentées par le moyeu dynamo de la roue avant
  • le cintre présente le même défaut que ci-dessus et est placé trop haut (certains apprécient ces postures hollandaises où l'on prend un maximum de vent et où tout le poids du cycliste se porte sur les ischions)
  • il n'offre que 8 vitesses, donc présenterait des écarts importants entre les développement (je n'ai pas trouvé l'étagement, on peut supposer qu'il s'agit d'une "vieille" roue-libre Shimano avec un 30 ou un 32 pour le plus petit développement)
  • je doute fortement que l'on puisse faire 130 km avec comme annoncé, surtout avec des sacoches
  • il est un à peu près aussi triste que le germanique avec ses quelques parements rouges et blancs, mais on voit bien qu'on reste dans le vélo-utilitaire-sérieux plutôt pour tous les jours et pas pour rigoler

Un français original (qui n'existe plus)cybien-sport.jpg

  • cadres de très bonne qualité, à la géométrie classique bien adaptée au vélo sport et au voyage, avec des bases arrières courtes favorables au rendement et aux relances
  • système original de micro-moteurs à galets entrainant un disque souple ajouté sur la roue arrière, ne présentant aucun problème de fonctionnement même sous une pluie battante
  • système éprouvé depuis dix ans
  • ce qui est dit sur le site du constructeur est conforme à la réalité, ce qui est une autre originalité très honorable
  • batterie 26 V, 16 Ah, 416 W, 800 cycles
  • poids : 18,7 kg modèle « sport », 16,85 kg modèle « carbone »
  • concepteur-vendeur très sérieux, prenant du temps avec chaque client pour tester et adapter, dont la position sur le vélo : potence, guidon (plusieurs formes possibles, le trekking étant probablement mieux indiqué pour les éventuels chemins et surtout pour maîtriser avec une remorque), on peut venir avec sa selle, choisir ses développements et ses accessoires : porte-bagages, garde-boue...
  • mécanique partie cycle identique à un vélo normal de qualité fait pour durer, avec possibilité de monter en gamme sur les roues, la transmission, les freins
  • entrainement vif, rouler cool demande un temps d'adaptation, le système étant un pousse-vitesse
  • le positionnement des moteurs à galets rend un peu difficile la pose d'un porte-bagage arrière sur ce modèle sport (il en existe d'autres), la remorque est donc à prévoir pour le voyage
  • prix de base relativement élevé, mais de même niveau pour des produits de plus grande série de standard équivalent
  • machine de belle apparence par sa qualité et son esthétique qui tranche sur le noir-mat-testostérone et le tape-à-l'œil-coq-de-bruyère
  • certains émettent un petit doute sur la capacité du système à permettre de monter aisément de fortes pentes avec un chargement pour un cycliste faiblard, conformément à son caractère de moteur-roue ; il resterait à vérifier que ça ne patine pas dans les forts pourcentages à vitesse réduite

Un marché dynamique qui évolue et des fonctions nouvelles

Juste pour le plaisir, et même si c'était lors de sa présentation un exercice de style (concept-bique en angliche), voici une photo d'un Yamaha à moteur central. Il aurait un cadre acier. Il a un double plateau à l'avant et du Campa Super Record 11 vitesses derrière, un cintre de course, une fine console qui serait liée à une appli de smartphone plutôt complète, une batterie centrale de petite taille, et des bases plus courtes que la très grande majorité des VAE balourds et peu routiers. Il ne correspond pas vraiment à mon cahier des charges mais offre plusieurs solutions qui seraient bien intéressantes à reprendre, toute considération de coût mise à part, évidemment. Si les constructeurs veulent le faire, ils peuvent. D'ailleurs Haibike propose en 2015 un moteur pédalier Yamaha avec double plateau, le premier existant sur des vélos de série. Yamaha a été pionnier dans les années 90 pour les vélos électriques. J'espère que ce retour dopera la concurrence et contraindra les autres fabricants de moteurs (Bosh, Impulse, et Panasonic ou Shimano et autres) à innover pour le couple, l'autonomie, l'agrément et la qualité.

Yamahapedalelectricypj01 13

Les nouvelles consoles Nyon de l'allemand Bosh intégrant (presque...) le GPS sont arrivées. Elles informent encore moyennement pour la partie GPS et donc le calcul d'autonomie lié aux pentes restant à gravir ne semble pas se faire. Par contre, elles donnent plein d'informations sur la puissance instantanée en watt du pédaleur pendant le pédalage, le couple instantané, le couple moyen et le couple maxi fournis par ce pédaleur, le nombre de tours-minute instantané du pédalier (rpm), le dénivelé positif et négatif du trajet, le pourcentage de la pente en cours, la fréquence cardiaque instantanée, la consommation instantanée en Wh par km et le nombre de Wh restants dans la batterie. En adoptant une console aussi sophistiquée, avec des données de trajet transférables sur l'ordi de bureau, on peut jeter son tableur. Le progrès fait rage.

Pendant qu'on est dans les protos, Matra travaille pour sortir en 2016 un vélo de course électrique qui pourrait se nommer i-speed Di2, aurait un moteur Bosh Performance Speed 36V 350W pour atteindre les 45km/h, et pourrait coûter dans les 5700€.

D'autres technologies pourraient émerger dans les années à venir, voir là : De l'électricité sans batterie ?  Je souhaite aussi que les batteries puissent devenir plus légères, tolérer davantage les hautes et basses températures, et emmaganiser plus d'énergie (rêver est gratuit, pour l'instant).

Les randonneuses cyclo-camping (qui n'existent pas en VAE) dont les vélos couchés à deux ou trois roues espèrent bénéficier de ces évolutions. Mais le marché, pour dynamique qu'il soit, se concentre sur ce qui rapporte, et ces choses représentent des parts minuscules. Hélas. Le marché étant en expansion, on peut espérer que la concurrence aiguillonera les innovations.