VAE tourisme : conception et illustration

Tourisme à VAE

La différence entre un cycliste et un touriste à vélo, ou cyclotouriste, tient à ce que le second s'intéresse à ce qu'il rencontre quand le premier se contente de pédaler. Je ne mets pas de hiérarchie entre les deux. Les espèces ne sont pas si différentes. Il existe des hybrides et des passages possibles de l'un à l'autre, selon les circonstances ou l'âge.

Le touriste à vélo s'intéresse un peu à tout, par exemple : la géographie, l'histoire, les populations, les systèmes sociaux, l'économie... et donc tous les signes qui en demeurent visibles au bord de la route  : les noms de lieux, les cours d'eau, le grand et petit patrimoine bâti, les vignes, les forêts, les champs de colza, les élevages de poulets, les canaux et les ponts, etc. etc. Il peut ne pas s'intéresser à tout tout le temps, sinon il devient un encyclopédiste et non plus un honnête homme à pédales. Ses intérêts varient selon sa culture personnelle. Il est enrichissant d'avoir des compagnons de route aux histoires et savoirs divers.

Qu'il ou elle circule à vélo "sec" ou en VAE importe peu. Il ou elle voyage pour un jour ou pour un an à allure plutôt lente, s'arrête pour faire des photos et discuter avec le chaland qui passe ou l'autochtone qui reste sur place et est très fréquemment un étonnant puits de science, mais aussi consulte les guides et Internet et lit les panneaux écrits à l'attention des visiteurs, voire flashe des QR codes.

Un exemple de tour à vélo électrique et touristique dans le Pays de Retz

Je vais illustrer cette conception touristique des randonnées à vélo avec cette tournée de novembre dans le Pays de Retz et ce que j'y ai vu en 70 km, grâce à mon VAE encore presque neuf, il n'avait pas atteint les 1000 premières bornes. Une des rares règles de la photo en cyclotourisme est que le vélo figure dans le cadre, plus ou moins.

Le lien vers le parcours : http://www.gpsies.com/map.do?fileId=jxkcevatlassbccl

dscf1457.jpgAu départ de la place du Commerce à Nantes, où la vie grouillait déjà ce matin-là avec les garçons de café sortant les tables, les dames et messieurs partant pour le marché, les fêtards qui rentraient, les fleuristes préparant leurs étals et la police effectuant ses rondes, trois cyclotouristes du même club seulement étaient au rendez-vous. Ils ont fait trois groupes.

dscf1458.jpgL'Acheneau, ici photographié près de Bouaye, est le cours d'eau par lequel le lac de Grand Lieu (35 km2 l'été, 65 l'hiver) déverse son trop-plein de grande bassine au sud de Nantes et réserve naturelle bien cachée, dans la Loire. 

dscf1461.jpgAu bord du Tenu, près de Saint-Mars-de-Coutais.

dscf1467.jpgEntre Rouans et Messan, au bord de la route inondable l'hiver en période de hautes eaux. Le bourg de Rouans est millénaire. L'église n'a pas de clocher mais sa façade comporte une remarquable rosace. En 1986, Jean-Loup Hubert, cinéaste nantais, y tourna Le grand chemin, inspiré de son enfance, avec Anémone et Richard Borhinger qui obtinrent en 1988 le César de la meilleure actrice et du meilleur acteur.

dscf1470.jpgPrès de Buzay, sur un pont traversant le canal éponyme, les maisons à toitures en tuile attestent que nous sommes au sud de la Loire, dans le pays de Retz, marche entre Bretagne et Poitou dont Armel de Wismes disait « C'est encore la Bretagne, pourtant ce n'est plus l'Armor... ».

dscf1472.jpgLa tour carrée, seul vestige de l'abbaye de Buzay fondée au 12ème siècle, reconstruite au 18ème et détruite quelques années plus tard à la Révolution. Je cite un extrait d'un texte de la Société des historiens du Pays de Retz : « Solitaire, elle veille maintenant sur la vaste étendue des marais du bord de Loire. Elle accueille les corneilles et résiste aux ronces. Elle donne une leçon d'humilité au site qui voyait se dresser jadis l'un des monastères les plus puissants du royaume de France ». Rabelais pourrait y avoir puisé l'inspiration de son Abbaye de Thélème.

dscf1475.jpgLe canal de la Martinière (officiellement "Canal de la Basse Loire"), aujourd'hui utilisé pour les loisirs (pêche, voile, aviron, promenade, des kilomètres de plat agréables et calmes pour les petits tours à vélo en famille) et la régulation hydraulique, a été creusé fin XIXème. Il permit la grande navigation vers Nantes malgré le fleuve qui s'envasait jusqu'à la première guerre mondiale, et la batellerie jusqu'à la seconde. Les travaux furent considérables. La vie des ouvriers de l'époque, notamment les plus nombreux, non qualifiés, n'est pas sans rappeler ce qui se passe aujourd'hui dans certains pays en plein essor économique. Les conditions de travail, de logement, de nourriture étaient très dures, les maladies et les accidents fréquents.

dscf1483.jpgEncore 25 km avant de rentrer et il est déjà midi. Merci au beau panneau tout neuf de Vélodyssée / Loire à vélo de me donner la distance. J'envoie un SMS pour calmer d'éventuelles inquiétudes.

dscf1488.jpgParti du Pellerin, le bac gratuit (donc payé par les contribuables) vers Couëron arrive en vue du Paradis. Ces noms rappellent que nous sommes sur un point de passage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, c'est-à-dire datant du Moyen-Âge. Au milieu des années 1970, les manifestations ont empêché la construction d'une centrale nucléaire à côté du Pellerin, tout comme le projet de centrale au Carnet fut abandonné quelques années plus tard. Mon VAE n'est donc pas principalement nucléaire mais à moitié au charbon et à moitié au fuel, alimenté comme toute la région par la centrale thermique EDF de Cordemais. La ligne haute tension qui traverse la Loire, et dont on voit un pylône rouge et blanc près de l'embarcadère, en arrive tout droit. Les lignes HT sont moches et peut-être dangereuses pour ceux qui vivent dessous, mais sont des points de repère parfois utiles en voyage.

dscf1494.jpgCouëron fut une cité ouvrière, notamment à cause de l'usine de métallurgie construite au milieu du 19ème et de la proximité des Forges d'Indret. La célèbre Tour à Plomb se dresse encore fièrement au-dessus de la Place des Douze femmes en colère (hommage au conflit de Tréfimétaux). dscf1153.jpgDes travailleurs étrangers et coloniaux vinrent en nombre à Couëron à l'époque où le besoin en main d'oeuvre était important. Il y subsiste une culture polonaise encore vivace. La ville évolue vers la banlieue résidentielle. Les bords de Loire y ont été fort bien réaménagés. On voit ci-dessus le port et l'église (le port historique de Couëron était à Port-Launay, près du bac).100-0853.jpg

 

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Le pont de Cheviré, au-dessus de Roche-Maurice, est un maillon essentiel du contournement de l'agglomération nantaise et de la transhumance quotidienne des travailleurs de la rive sud à la rive nord de la Loire et vice-versa. Ce viaduc dans un environnement tout plat a une hauteur importante (50 m) pour laisser le passage aux bateaux. Comme chaque nouvelle ligne de ponts, il avait été présenté comme la solution du franchissement du fleuve, avant d'être complètement saturé quelques années plus tard. Une piste cyclable y était prévue. Sa suppression a donné lieu à la création d'une association d'abord protestataire "Cheviré cyclable" devenue quelques années plus tard "Place au vélo" qui compte aujourd'hui plus de mille adhérents et dont l'objet est décrit dans le nom de cette asso.

dscf1505.jpgElle est discrètement placée en hauteur, invisible depuis la rue des Usines. En s'arrêtant et en faisant le tour de la pile, on découvre la plaque posée en hommage à Yannick Logodin, contrôleur des TPE (travaux publics de l'Etat ?) décédé au sommet, probablement dans l'exercice de sa mission.

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Grue jaune en vue, maison pas loin.

 

 

D'autres rendus comptes de parcours accomplis touristiquement en vélo à pédalage assisté sont visibles là : SO76 rives Acheneau et ici de Pornic au port du Bec

Et comme nous sommes dans un site consacré au voyage à vélo, voici un bout de récit illustré : CAMPING VAE 6 J D'UN CLOCHER A L'AUTRE et d'autres visibles dans cette rubrique bouts de récits de voyages