6ème jour de la tournée des pancartes, voyage été 2011

de POUANCÉ à GUÉMÉNÉ-PENFAO

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et à Guéméné-Penfao, la même photo qu'à Derval...

J'ai achevé le 49, j'attaque le 44. Sans aucun bourg conséquent en début de parcours.

À la question : peut-on pédaler pendant quatre heures avec pour seule nourriture du saucisson et du chocolat parce que tous les commerces de la contrée ferment aux mêmes dates ? La réponse est oui, on espère. À la question : peut-on faire confiance au marché pour assurer la continuité des services ? La réponse est clairement non. À la question : peut-on redouter qu'il en va de même pour les médecins, pharmaciens et autres professions libérales et commerciales qui assurent un service absolument indispensable à la population ? La réponse est qu'on souhaite que non et qu'un minimum d'organisation collective, par-delà les considérations idéologiques et de confort de ces professions, existe.

 La place est fort bien rénovée, mais le commerce est fermé. 

 Lanterne des morts "récupérée" au titre de 14-18 ? Monument de 14-18 en forme de lanterne des morts ?

Un seul commerce rencontré et tout est effacé. Le Soulvacherais, dans le bourg de SOULVACHE, commune où les jeunes instituteurs frais émoulus de l'École normale redoutaient d'être nommés car la plus au nord du département de la Loire-Atlantique et réputée loin de tout, offre dépôt de pain, bouteilles de gaz, journaux, tabac, bar et aimable conversation sur la météo en cours. Il est presque 13 heures et je n'ai guère avancé. Le vent est contraire et la fatigue s'abat sur moi comme la vérole sur le bas clergé breton. On fera avec, ou pas. À chaque haut de côte atteint, et chaque clocher rejoint, suffit son coup de pédale. Le camping est au bout de la route et plein de panneaux demeurent à instantaner avant d'y parvenir.

Le coup de moins bien m'atteignit avant DERVAL. Peut-être une hypoglycémie combinée avec une légère déshydratation, auxquelles s'ajoutent le vent d'ouest défavorable qui a forci au fur et à mesure de la journée, des côtes et encore des côtes qui sans être insurmontables usent par leur répétition, et un nombre de kilomètres probablement un peu trop important, à moins que ce ne soit le cumul des journées qui ont précédé, ou le tout additionné.

Par suite, il faut être gestionnaire de soi-même. S'assoir à l'ombre, s'il fait chaud. Boire de l'eau, pas mal d'eau. Si ça ne fait pas de bien, ça peut difficilement faire du mal. Manger ce qui reste. Mesurer ce qui reste à parcourir. Repartir en patinette avec un moral de pitbull. Pester encore contre les supermarchés à l'opposé du bourg où l'on arrive qui ajoutent des côtes aux côtes et des kilomètres aux kilomètres. Pousser des gueulantes injustifiées contre les autos pourtant bien prudentes.

Puis enchainer. Monter la tente contre le vent qui se déchaine. Pour une fois que le camping n'est pas posé dans un trou d'où il faudra sortir au lever, il a été mis sur une bosse exposée aux courants d'air. Se doucher et manger. Retrouver sa sérénité.

Se moquer, aux deux sens du terme, de l'animation du camping (un karaoké florilège des tubes des trente dernières années avec des triso 21 qui secouent la tête en cadence, donc plus sensibles que moi à la musique), à laquelle on ne peut pas plus échapper qu'au vent et à la pluie promis pour demain et déjà bien présents aujourd'hui. Se dire qu'on ne dort jamais si bien qu'en voyage à vélo, et que même « je ne suis pas un héros » beuglé faux ne saurait empêcher de récupérer. Du Daniel Balavoine, ça ne peut pas être mauvais. Je garde le souvenir impérissable de la première strophe de son tube, « le chanteur » : « Je m'présente, je m'appelle Henri / J'voudrais bien réussir ma vie, être aimé / Être beau gagner de l'argent / Puis surtout être intelligent / Mais pour tout ça il faudrait que j'bosse à plein temps ». Indépassable !

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