N19

Aller à Noirmoutier, en faire le tour, et revenir, en trois jours, pourrait paraître tenir de la routine, car nous en sommes à xième édition. En fait non. Chaque édition est particulière, ne réunit pas les mêmes personnes, ne se déroule pas dans les mêmes conditions, et nous ne rajeunissons pas... Elle s'inscrit néanmoins plus ou moins dans une sorte de tradition

Un dicton de marin breton, peut-être apocryphe, dit "qui trop écoute la météo passe sa vie au bistrot". Les touristes à vélo l'ont adopté. Avec discernement. Une alerte orange, comme Miguel la veille de notre départ, nous aurait probablement dissadué. Moins que des cyclistes du dimanche qui sont, eux, solubles, à cause de leurs vélos légers et rapides mais dénués de protection, à cause surtout de la recherche de "performance". La plupart d'entre nous sommes des cyclistes du quotidien, des gilets jaunes de tous les jours. 

SAMEDI

Le samedi donc, la place était vide. 

Sur ordinateur, les photos peuvent être agrandies en cliquant dessus.

Dscf1705 824x1280Vide ? Pas tout à fait. Devant Air France, dont nous n'utilisons que rarement voire pas du tout les services, quelques cyclistes devisaient près de leurs lourdes montures. Des grandes, des plus petites, des électriques, d'autres moins, mais toutes chargées comme de braves mules.Dscf1704 1280x852

Le départ n'a pas été si simple. Un piéton irascible, probablement échappé de l'asile, nous a fait perdre du temps. L'arrêt suivant fut pour enfiler les imperméables à cause d'un crachin pointant son nez. Le troisième eut lieu dans les méandres de l'échangeur au pied du pont de Cheviré. Quelque part entre les folioles serpente une piste cyclable. Un arbre survivant entre carrière et intense circulation a été victime de Miguel, et s'est abattu en travers de notre route. Serge a vaillamment soulevé le tronc pour permettre notre passage. Hélas, il a sans doute réveillé une douleur dorsale qui l'a condamné à devoir abandonner quelques kilomètres plus loin, à la Borne Seize, soit à seize kilomètres de la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul.

Porte bouguenais

Crédit photo suivante Zac. Le blog de Zac
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Le plan ci-dessus est un extrait de la carte de notre itinéraire, que l'on peut voir en détails en suivant ce lien : Noirmoutier ALLER de Royale à la Corsive 80km en cliquant sur "mode plein écran" en haut à droite de la carte sur la page du site, puis en zoomant avec la molette de la souris. La trace GPX pour les GPS est aussi disponible à cette page.

Aller

Et pourquoi "N19" en guise de titre de cette page ? Pas de route nationale 19 là-dedans pourtant. Nous évitons les grandes routes comme la peste bubonique, le sida et le choléra réunis, préférant les petites départementales et encore davantage les routes vicinales. La N19 reliait Paris à Bâle. Elle a été dissoute dans la décentralisation. N parce que Noirmoutier et 19 parce que 2019. Faut pas toujours chercher loin.

L'avancée a continué de manière un peu plus aisée ensuite. Le vent n'était pas avec nous. Ou plutôt il était un peu trop présent pour notre goût. Nous allions vers le sud-ouest et lui en venait. Journée de malencontreuses rencontres.

ReleveNéanmoins, respectueux des coutumes, nous arrivâmes à Machecoul-Saint-Même, bourg de Saint-Même-le-Tenu, pour l'heure du déjeuner, au bord du Tenu donc. Un lieu idéal pour y déjeuner en paix. Le loueur de pirogues nous a gracieusement ouvert les toilettes.Dscf1709 1280x529 1PIque-nique, traversée de Machecoul, entrée en Vendée, et, premier clocher, celui de Bois-de-Céné. Certains ont préféré l'ombre (!) du vieux et massif clocher, d'une des rares églises antérieures au 19ème siècle prospère dans nos campagnes, et destructeur des vieilles bâtisses au profit de nefs plus hautes et plus claires...

Dscf1711 1280x852... pendant que d'autres allaient au cénéen d'en face, où les croque-morts prenaient un petit café en attendant la fin de la cérémonie.Dscf1713 1280x841Encore quelques coups de pédale et nous voilà à Chateauneuf, dont il ne reste en guise de château que la motte féodale, d'ailleurs remarquablement conservée. Après l'église, du 19ème, nous tournons à gauche dans une portion des sentiers cyclables vendéens, toujours bien balisés et aménagés, à l'abri des voitures, et débutant par un tronçon commun avec un parcours de santé. 60 km d'échauffement sur une bicyclette chargée, ça suffit ?

Dscf1715 1280x852Dscf1716 1280x852En passant, salut au traditionnel Petit Moulin de Châteauneuf, dont les roses continuent d'être entretenues bien qu'il ne soit plus habité. Crédit photo Zac.

Dsc02292 1280x1072Nous voilà dans les marais, terres d'embouche et de salines gagnées progressivement sur la mer, en partant des alentours de l'abbaye bénédictine de l'île Chauvet, à Bois-de-Céné dans la baie de Bourgneuf, depuis le début du 12ème siècle, et dont le dernier polder a été édifié en 1962 à Bouin, qui était aussi une île. Un groupe a tendance à stopper en paquet là où il s'arrête. Nous avons réussi pour une fois à ne pas nous garer en plein milieu de la route. Le professeur Claude Got, spécialiste de sécurité routière, et touriste à vélo, a énoncé un dicton utile pour ces circonstances : "jamais un pied sur le goudron, sauf au stop et au feu". Il en va de notre sécurité et de celle des autres usagers.

Dscf1717 1280x852La fin nous a semblé moins dure que nous le craignions. Le vent n'était pas si tant pire. Nous sommes arrivés à notre lieu d'hébergement, monté les tentes et pris possession des châteaux en bois ou en plastique, mangé, tout ça... La pluie ne fut pas si abondante non plus. La distance inhabituelle, environ 6h20 de selle pour celles et ceux qui habitent le plus près du départ, et le vent et le vent, ont largement suffit à notre bonheur. 

Crédit photo suivante Zac

Dsc02341 1280x960La grenouille du garde boue du vélo de Zac est allée pendant ce temps saluer la grande eau avec des vagues. Crédit photo Zac.Dsc02322 1280x737La laisse de mer est à tout le moins peu râgoutante, contrairement à ce que souhaiterait la grenouille. Crédit photo Zac.Dsc02331 1280x821

 

DIMANCHE

Comme à l'origine dans le club de cyclotouristes nantais, plusieurs formules sont possibles pour déguster Noirmoutier. L'une d'elles consiste à nous rejoindre le dimanche matin pour le tour de l'Île. Pierrette, et sa bicyclette joliment construite à Machecoul, ont été transportées par une puissante automobile, et sont arrivées au point de départ à l'heure dite. Ce renfort fut bienvenu. Elle nous a affirmé que Noirmoutier bénéficie d'un micro-climat, propice à la récolte du sel, à l'ostréiculture, aux patates nouvelles, et aux mimosas bien sûr. Euh, après le temps qu'on a eu ce dimanche... Ne confondons pas climat et météo comme le font les climato-sceptiques qui s'affirment ainsi plus bêtes qu'ils sont. Il peut pleuvoir, ventoir et même geloir un jour, sans que cela modifie la tendance générale. 

Ben zut alors. On (enfin, surtout moi) avait oublié. Le pont est en travaux. Nous avons fait une boucle en suivant les panneaux de déviation, et de retour au pied du pont côté continent, nous avons pris la voie piétons, interdite aux cyclistes pour traverser le bras de mer séparant le continent de l'île. Nous n'avons vu ni un piéton ni un gendarme.

Est-il raisonnable d'envoyer les cyclistes sur la voie des automobiles dans ces conditions ? Les autorités ont probablement bonne conscience en ayant ajouté deux panneaux et croient que oui, mais nous pensons que non. Les conducteurs n'ont visiblement rien à faire de la limitation de vitesse à 50 km/h. Ils ne se préoccupent pas plus de respecter la distance de 1,50 mètres entre un petit cycliste et leur char d'assaut. Un cycliste prend environ un mètre de large. Si la voie mesure 1 m de vélo + 1.5 m de distance de sécurité + 2 m de voiture, soit 4,50 mètres de large au minimum, et je ne serai pas surpris que ce soit le cas, pourquoi frôlent-ils les cyclistes ? Le petit triangle pour informer de la présence de ces usagers vulnérables est dérisoire. Ce genre de panneau existe pourtant150 cmUn radar capable de mesurer la distance de sécurité (c'est homologué depuis 2008) serait encore bien plus adapté et dissuassif, en sus d'un autre pour la vitesse, ou le même car ces machines sont plutôt perfectionnées et performantes. Réutilisable ailleurs, ils pourraient déjà installer un ou des radars pour travaux. Il ne suffit pas de dégager les cyclistes des routes à grande circulation pour ne pas déranger les automobilistes. Quand il y a zone de rencontre, il convient de la traiter sérieusement, et non seulement en dégageant sa responsabilité par des mesures réglementaires minimalistes, et fort insuffisantes.

En cas de croisement avec la maréchaussée, le péage pourrait nous coûter un peu cher (90 à 135 €, soit le prix d'un vélo dans une grande surface, à quand les amendes pour voitures à 10000 € minimum ?). Ce sera préférable à finir écrasé sous les roues des inconscients qui klaxonnent comme des malades au lieu de ralentir ou s'écarter quand ils voient un vélo sur le pont (c'est du vécu).

Trouver le bon passage pour rejoindre la trace prévue peut s'avérer un peu compliqué.

Dscf1718 1280x852 1Dscf1719 1280x852La signalétique a été refaite dans l'île. A dominante bleue, pour se différencier peut-être de la verte du continent ? Elle reprend une charte graphique proche. Des conseils ont été ajoutés. Ils ne sont pas inutiles, car nombre de cyclistes à Noirmoutier, et ils sont très très nombreux, sont des occasionnels qui croient que le vélo, comme la trotinette, permet de faire n'importe quoi n'importe comment. Les néo cyclistes sont des automobilistes qu'on lâcherait sur la route sans aucune règle...

Me voilà devenu sentencieux à l'égard des bicycletteurs. Ça nous rajeunit pas. Le code de la route n'est pas fait pour récolter de l'argent ou emm... le monde, comme le croient les mal comprenants qui ont la satisfaction piteuse de se penser un peu supérieurs à d'autres pendant qu'ils (se) conduisent (mal) mais pour que tous circulent en sécurité. C'était ma minute Finkelkraut, dit "papi ronchon"...

Dscf1720 1280x829Quand on vous dit qu'ils sont nombreux. Celles et ceux dont la vue n'a pas trop baissé peuvent se rendre compte que le véhicule du premier plan n'est pas un vélo. La forêt de guidons à l'arrêt de chaque côté de la route, si. Nous n'avons pas fait le marché à Noirmoutier-en-l'Île.Dscf1721 1280x852Nous nous étions arrêtés avant, à Barbâtre, grâce à Pierrette qui nous a mené sans coup férir vers les spots les plus attractifs : boulangerie, café, supermarché, avec son impeccable connaissance du terrain.Dsc02347 1280x975Peut-être que les voitures à pétrole seront demain comme ces bateaux, des squelettes qui pourrissent lentement ?Dscf1722 1280x820Got got got. Nous réussissons à boucher la voie des piétons tout en occupant celle des vélos. Au moins, nous ne mettons personne en danger.Dscf1723 1280x852Chaque photo est un point de vue. Un choix parmi bien d'autres possibles. Ci-dessus nous sommes dans l'agitation des activités humaines. Au même endroit, mais à 180°, tout n'est que sérénité.Dscf1725 1280x686Au bout de la longue jetée Jacobsen (oui, c'est un immigré hollandais, de deuxième génération, qui l'a construite début 19ème, tout comme quelques polders du coin), on aperçoit au lointain les murailles du château, et le clocher de l'église édifiée sur les restes de l'abbaye bénédictine (encore !) édifié fin 7ème siècle par le moine Philbert. Oui, ce sont les mêmes moines qu'à Saint-Philbert-de-Grandlieu. Cette deuxième abbaye servait à nourrir celle de Noirmoutier et était plus à l'abri des raids vikings.

Et pourquoi ce nom : "Noirmoutier" ? Nigrum monasterium serait du latin populaire, donc inexact, puisque le peuple est composé de cuistres et d'ignorants, n'est-ce pas ? La "bonne" étymologie serait Herio Monasterio "monastère d'Herus", du nom de la partie sud de l'île "Her". Le nom en langue vernaculaire (locale), le parlange, se disait Nérmoutàe, écrit Nermoster. On peut suivre le lien pour voir un résumé bien illustré sur la succession des langues locales, aboutissant au bas-poitevin ou parlange, qui a été utilisé dans la vie courante jusqu'au milieu du 20ème siècle. Enfant, je comprenais le parlange, langue maternelle de mon père, que pratiquait mon arrière grand-père et mes cousines et cousins chez qui je venais en vacances.Dscf1726 1280x852

Jusque là, nous avions suivi le parcours prévu pour arriver au lieu de pique-nique sur la côte nord.Tour 66Dscf1731 1280x846Dsc02375 1280x790Des enfants braillards (pléonasme?) ont subitement débarqué, et se sont mis en maillot pour courir jusqu'à la mer.Dscf1732 1280x852Nous, pas vraiment. On a préféré remettre les impers.Dscf1733 1280x852Le repas à peine fini, nous nous sommes réfugiés en terrasse (couverte) dans un bistrot au Vieil.Dscf1735 1280x953Puis, serpentant entre les petites maisons blanches par des routes minuscules traversant aussi les champs de patates, nous sommes arrivés au port de la pointe, tout là haut, à l'Herbaudière ("Her") port de pêche et de plaisance.

Je rappelle que, sur ordinateur (voire sur tablette), les photos peuvent être agrandies en cliquant dessus.

L herbaudiereEn plus des impers, une cape peut servir.Dscf1738 1280x994Peut-être on va by-passer les polders du sud-ouest car la boue pourrait coller aux pneus. En attendant, le deuxième arrêt à l'Herbaudière nous a permis d'admirer la vue depuis le petit cimetière près de la mer. Il vaut Sète.Dscf1743 1280x841Les jeunes s'ennuient sur les îles. Certains tournent en rond dans leur (trop) puissante automobile, bien trop vite parfois, comme ce 9 janvier 1999 de sinistre mémoire. Il faut en finir avec le culte de la puissance.Dscf1744 1267x1280Les alentours de l'église ont aussi accueilli  le cadavre d'un oiseau marin. Je laisse à Jacques le soin du commentaire compétent, bien aidé en cela par Marie-Annick, tous deux également férus de plantes. Les oiseaux, c'est pas plus simple que les noms des lieux. "Un Océanite tempête mort. Avec Marie-Annick, nous avons eu quelques peines à l’identifier. En effet, c’est animal tout à fait marin qui ne vient presque jamais à terre. C’est la première fois que j’en vois. J’ai pensé à un Traquet rieur mais ceux-ci vivent en Espagne et ont les ailes plus courtes, le bec droit et un croupion avec un T caractéristique. L’hirondelle des maisons était tentante avec ses ailes plus longues que la queue mais elle n’a pas de cou et un bec très court. L’Océanite me parait donc être le bon choix : grosse tête, bec crochu avec une bosse caractéristique, croupion blanc, ailes plus longues que la queue. Même si on n’a pas pensé à regarder les pattes et le dessous des ailes, tout ça colle, je vote pour à 99% de réussite :-) Je pense que c’est une victime de la tempête Miguel de vendredi, il est sans doute mort d’épuisement à ce moment. C’est pourtant un animal habitué aux tempêtes (d’où son nom), il vole au raz des vagues et ne vient à terre que pour nicher."

Crédit photo suivante Zac. Le blog de Zac

Dsc02378oceanite tempete 938x1280Nous avons traversé les marais salants par la D93, peu aménagée pour les vélos mais tranquille, au moins à cette période. Nous avons séché rapidement. PIerrette menait rondement le peloton dans la joie et la bonne humeur.

Crédit deux photos suivantes Zac.

Dsc02351 1280x960Dsc02388 1280x960Zac apprécie les grenouilles, celle de son garde-boue lui a été rapportée du Japon, et les ânes. J'aime bien les mules pour leur capacité à transporter des bagages (j'avais nommé mon premier vélo de cyclo-camping "la mule grise"), ce qu'elles font bien volontiers si on leur demande avec gentillesse. Les ânes et les mules ne sont pas plus bêtes que les vaches et les chevaux, qui savent se protéger du vent, ou, faute d'abri, lui tourner le dos pour en ressentir moindrement les effets. 

"Un âne qui n’en n’est pas un. Il est intelligemment placé au dos de sa cabane, à l’abri du vent froid. Pas comme les cyclistes qui, eux, filent le nez droit dans le vent. C’est bien un des travers de l’humain que de traiter à tort les gens d’âne. L’humain à tendance à trouver « intelligent » l’animal qui lui obéit au doigt et à l’oeil. Certains croient les ânes idiots tout ça parce que ces sympathiques animaux ne font pas ce qu’on désire (genre : aller où il n’a pas envie d'aller, porter des charges lourdes, marcher alors qu’il a soif ou est fatigué, etc.), je trouve que c’est plutôt un signe d’intelligence."

Le commentaire en italiques et la photo sont de Zac.

Dsc02386 1280x960L'âne a été domestiqué dès le néolithique. Il est robuste, facile à entretenir, et pouvait défendre les troupeaux contre les prédateurs, grâce à son caractère indocile et de bons coups de sabots, en plus d'être un animal de bât. Sa rusticité était bien utile dans le marais. Il a été supplanté par le cheval qui pouvait transporter plus lourd plus vite, lui-même remplacé par la voiture, mais n'a peut-être pas dit son dernier mot avec le retour du frugal. D'autant qu'il est plus smart qu'on croit, Zac dixit.

Sortis secs du marais, nous fîmes halte au bord de la mer, à la plage de la Cantine pour être précis. Festival de lumières du nord. Rien n'est plus plat que le ciel bleu.Dscf1748 1280x748Dscf1750 1280x845On a failli attendre. Les voilà. Ils regardaient le paysage, et nous aussi en les attendant. Pierrette nous a signalé le moulin d'Agnès Varda, que l'on voit entre deux totems de signalétique routière en y regardant bien.Dscf1752 1280x937Voyez le V des ailes entre les poteaux. Varda n'est plus, hélas.Dscf1753 1280x1203Nous avons fait une dernière halte à l'église Notre-Dame-du-Bon-Secours de la Guérinière. Bondieuserie catholique et maternelle en façade.Dscf1754 1280x1037Et hop ! Retour au châteaux pour les préparatifs de l'ultime étape du lendemain.

Nous avons évité les polders du sud-ouest, craignant la gadoue à cause de la pluie. Ce sont de beaux endroits pourtant, sauvages, remplis d'oiseaux, sans voitures. Nous devions passer par le vert, nous avons suivi le rose. Il se superposent, sauf à la fin. La distance est à peu près identique, mais le rose est goudronné. Nous n'avons pas de VTT, parce que nous n'avons pas de 4x4 pour le transporter.ComparaisonDu coup, on a revu des champs de pomme de terre. Possiblement des bonnottes.

Crédit photo Zac

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LUNDI

De bon matin, nous voilà en chemin. L'une d'entre nous a préféré prendre le car. Il est possible de rentrer à la gare de Nantes, en partant de Fromentine, qui est le port de la commune de La Barre-de-Monts où nous étions logés. Ce car est pourvu d'un rack pour le transport des vélos. Le nombre de places étant limité, il faut réserver. L'alternative peut être intéressante pour rentrer et pour venir, car notre escapade peut s'avérer fatigante, d'autant plus si on est un peu en manque d'entrainement pour des raisons diverses.

Deux bonnes surprises matutinales : la boulangerie est ouverte un lundi férié (ou presque férié, on ne sait plus trop), et il fait beau. Les couleurs changent.Dscf1756 1280x852Dès le Marais Nantais, en sortant de La Barre-de-Monts, la lumière nous assaille. Photo Zac acrobate-qui-ne-craint-pas-les-contrejours. On remarquera les poteaux inclinés. Ici, rien ne résiste au vent d'hiver. On voit à son allure que le peloton n'amuse pas le goudron et avance vaillamment.

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Nous avons filé tout droit sans détour par le Daviaud, écomusée du département qui présente les bourrines, typiques maisons du marais. Nous y avons gagné des kilomètres en moins, d'autant que, troisième bonne surprise, le vent de sud-ouest nous était favorable. Enfin, quatrième bonne surprise, peu de voitures ce matin, d'où le caractère facultatif du détour habituellement recommandé pour la tranquillité. On ne peut être malchanceux tous les jours au cours d'un voyage à vélo. Quand même.

A Saint-Urbain, la colonie de nains de jardins n'a pas encore été délogée. Une telle concentration est suffisemment rare pour mériter qu'on s'y arrête, quoique l'on pense des nains de jardin. Ils devraient peut-être être enfin libérés, comme le réclame le FLNJ. Attention les yeux sur le site en suivant le lien, ils ne craignent pas les couleurs qui piquent.Dscf1757 1280x852Dscf1758 1280x852Dscf1759 1280x852De raccourci en raccourci, et le vent dans le dos aidant, nous avons gagné 5 km et une heure de vélo au retour par rapport à l'aller. Le tracé du retour, dont voici le lien pour y voir en détails et télécharger le GPX si besoin : Noirmoutier retour réel 2019

Le raccourci vers les nains de jardin de Saint-Urbain. Nous aurions dû passer sur la trace rose et avons pris la bleue. Allez les bleues !By pass le daviaudL'élevage de pintades était prévu sur les deux. Curieux comme ces craintives bestioles se regroupent le plus loin possible. Pourtant, ce n'est pas nous les méchants.Dscf1761 1280x852Continuant dans les raccourcis, et profitant du beau temps qui autorise le passage par des chemins carrossables, nous avons filé tout droit par le passage canadien. Was ist das ? Dscf1762 1280x852C'est ça. Des tuyaux fixés sur la route, qui permettent le passage des véhicules, et interdisent celui des bêtes à sabots, sans barrière.Dscf1763 1280x852La biquette du coin n'est pas une pintade. S'il n'y avait eu le grillage pour l'arrêter, elle serait bien venue avec nous. 

Crédit photo Zac.

Dsc02457 1280x960Ils s'en allaient par les chemins, à bicycleteueueueu. La dame en camaïeu de bleu n'est pas Paulette mais Jeanine, tout sourire, comme souvent les cyclistes pas compétiteurs d'ailleurs. Nombre de cyclistes du dimanche nous saluent fort gentiment, et nous leur rendons la politesse bien sûr. Quelques uns ont l'air d'avoir été obligés d'être là, surtout en fin de matinée quand ils ont été largués par les autres, la machoire crispée et la tête de travers. Allez les bleues !

Crédit photo Zac.

Dsc02462 1280x960A Chateauneuf, la majorité s'est arrêtée au café. Pendant ce temps-là, Zac a fait un reportage sur une intervention dans un nid de cigognes, pour un baguage de cigogneaux. Les quatre photos qui suivent sont donc à mettre à son crédit.

Dsc02467 960x1280Dsc02471 960x1280Dsc02480 1003x1280Dsc02504 960x1280Extrait du commentaire de Zac : "Les cigognes reviennent tous les ans, il faut donc en conclure que le stress de l’enlèvement momentané des cigogneaux ne les empêche pas de revenir. On voit le baguage, à la pince ou la colle suivant les bagues. La bague officielle est métallique et doit tenir dans le temps. La bague verte doit être moins fiable mais à l’avantage d’être lisible de loin sans avoir besoin de capturer l’animal. Vous remarquerez que les cigogneaux font la carpette, c’est leur technique de survie face à un prédateur. Ne pouvant ni fuir, ni se battre, faire le mort semble être la meilleure option."

Nous ne pouvons vous garantir qu'en suivant la même trace vous pourrez assister à une aussi spectaculaire intervention dans un nid de cicognes. Il y a de bonnes chances cependant pour que vous soyez bien accueillis au bar-multiservices de Châteauneuf, en face de la motte féodale, où l'on peut arriver par le rose ou par le bleu (allez les). On a improvisé par le bleu.

Chateauneuf

Nous sommes passés en coup de vent à Bois-de-Céné, comme celui qui nous poussait gentiment, et avons filé tout droit à hauteur de la Manufacture Française du Cycle pour éviter Machecoul. Intersport est propriétaire de l'usine. Les vélos montés ici sont vendus notamment dans ses magasins (Intersport étant un des plus grands distributeurs mondiaux d'articles de sport quand même, cocorico) mais aussi dans beaucoup d'autres grandes surfaces, sous différentes marques, dont les VAE Nakamura (aucun rapport avec la chanteuse prénommé Aya) qui sont d'un bon rapport qualité-prix.

Ainsi, le FIT E 100 W, dont la batterie est un peu légère pour faire de bonnes étapes. 11,6 ampères-heures x 36 volts = 417 watts-heure. En consommant 6 watts-heure par kilomètre, moyenne considérée comme plutôt basse, on ne pourra guère dépasser 60 kilomètres. Comme souvent, le test Que Choisir est daté. Ce modèle a depuis perdu son triple plateau (dommage) et gagné des freins à disque (tant mieux). Il a toujours son vaillant petit moteur roue arrière qui aide bien à  monter les côtes. On veillera à apprendre à démonter et remonter les roues pour réparer une éventuelle crevaison (ça reste un vélo, avec lequel on doit être autonome) et à pouvoir trouver un mécano qui acceptera de réparer au-delà de la période de garantie.

Le raccourci pour éviter Machecoul et rejoindre Saint-Même en passant le moins possible par la départementale. Nous avons pris le vert au lieu du rouge.

By pass machecoulBien avant les GPS, et depuis 150 ans, les cyclistes circulaient partout. Ils ont à peu près inventé le tourisme. Ils se trompaient rarement, parce que pourvus de mémoire (pas plus bêtes que les éléphants ou les oiseaux migrateurs qui sont intelligents), et de papiers avec de précieuses et suffisantes indications. Ainsi, pour aller de Saint-Même-le-Tenu à Saint-Mars-de-Coutais, ils écrivaient :

  • après St-Même au Y à gauche km39
  • au T à gauche, calvaire km44.5
  • à 500 m à à droite
  • au calvaire à gauche D64 km50
  • à l'église à gauche km51
  • etc.

Là, nous en étions à "au T à gauche, calvaire km44,5". Impossible de se tromper si on est attentif à ce qui est écrit dans le descriptif que nous avions sur la sacoche de guidon. Le seul système de mesure dont nous disposions était le totalisateur kilométrique, un bidule avec une courroie autour de l'axe de la roue avant et quelques engrenages qui ne donnait que la distance et rien d'autre. C'était suffisant à condition de ne pas bailler aux corneilles, avec un peu de jugeote, et une carte routière dans la sacoche et cas de doute. La boussole était un plus.Dscf1764 1280x852A l'église à gauche, il y aussi un troquet. Alors café. Nous prenons à gauche par la D64, car la D264 est devenue trop circulée, et, je ne sais trop pourquoi, les automobilistes y sont souvent acrimonieux, voire nocifs. La proportion de nuisibles est toujours trop grande, mais elle est assez faible.

Le clocher de style byzantin n'en est pas moins intéressant. Le vent nous pousse toujours et il fait beau. On avance, on avance.Dscf1765 852x1280 1Avant d'aborder la grande ville, la pause s'impose.Dscf1766 1280x852A l'approche de Nantes, nous avons constaté l'efficacité des services de Nantes Métropole, qui avaient débité l'arbre tombé et posé des cônes de sécurité. Irréprochable. Et pendant un week-end de trois jours. Merci les services techniques. Crédit photo Zac.Dsc02533 1280x960Nous sommes arrivés au nord de la Loire par le pont des Trois Continents, en longeant la quatre voies à un moment. C'est assez désagréable quand on rentre de trois jours de relative paix et de chants d'oiseaux, mais c'est le cheminement le plus sûr et le plus facile avec des vélos chargés, sans pentes ni redémarrages toujours délicats. La Loire à vélo, et la Vélodyssée ici communes (EV6 et EV1), traversent un rond-point de grand diamètre pour aller à Trentemoult. Je l'évite avec soin tant les conducteurs de gros véhicules à moteurs y sont rapides, nombreux et agressifs, surtout au retour d'un week-end de trois jours. En l'absence d'aménagements cyclables pensés, cette traversée est dangereuse. D'où le passage sous la voie rapide vers Basse Île. Notre trace est en bleu.

Les aménageurs croient aux statistiques. On a les croyances qu'on peut. Ils sont convaincus, de bonne foi sans doute, qu'en l'absence d'accidents, le problème n'existe pas. Ils oublient que les cyclistes ne circulent pas en fonction des statistiques, mais évitent les endroits qu'il estiment accidentogènes et leur foutent donc la trouille. L'expertise d'usage est bien supérieure aux tableaux à double entrée pour savoir où sécuriser les itinéraires cyclables. Sinon, pour être cycliste, il faut de la mémoire et faire des détours. Reconnaissons que de grands efforts ont été faits ces années passées.TrentemoultLe futur CHU les pieds dans l'eau engoncé sur une île n'est pas encore construit. Une belle piste cyclable provisoire a été aménagée le long du quai. Espérons qu'elle préfigure le quartier à venir. La haute silhouette de l'ancienne raffinerie de sucre est encore là. On aperçoit à droite le pont-cage ferroviaire de Pirmil dit aussi "pont de Pornic" aujourd'hui réservé aux seuls trains, vélos et piétons. Le pont le plus écolo de Nantes Métropole. Dscf1768 1280x681Au total, et sur les parcours mesurés sur le site GPSies, de point de départ à point d'arrivée communs, en ne tenant pas compte des distances accomplies pour rejoindre et repartir des points de regroupements communs, nous avons fait 220 km, en passant presque 17 heures sur le vélo lourd en trois jours. Fatigués certes, mais contents.

J'ai mis huit ou neuf heures pour rédiger et mettre en page le feuilleton. Je ne parle pas de la lessive, du rangement, du nettoyage de la bécane, etc. Je suis classé dans les inactifs. Quand je vous dis que les statistiques ne rendent pas compte de la réalité...

Il a fait beau. Il a plu. Le vent a été contraire, et favorable. Il a fait frais, et un peu chaud. Nous avons vu la mer, les ponts, les oiseaux, les ânes... On a rigolé. On a chassé le troquet et la boulangerie. Trois jours seulement, et l'impression d'être partis une semaine. En un mot, nous avons fait un voyage à vélo.

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Il y en eu qui, envahis par les allemands, de manière pacifique et amicale, n'ont pu se rendre comme de coutume à la sortie de Noirmoutier. Mettant à profit le salut au soleil d'été, au jour du solstice ou presque, ils ont prolongé la route et poussé jusqu'à l'extrémité ouest de l'EV6 avant de bifurquer plein sud, vers Noirmoutier...

 

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