faire l'itinéraire

Avant de partir, il me faut savoir où je vais et par où je passe. Le débutant, pour se rassurer, choisira les itinéraires déjà existants et fréquentés par d'autres cyclistes. Il pourra consulter la fin de la page pour calculer son futur parcours qui offre des liens, par exemple vers la description de la Loire à Vélo, de Vélodyssée, des EuroVéloRoutes, des Sentiers cyclables du littoral vendéen et des itinéraires vélos dans le Bas-Rhin. Si vous choisissez de sortir des sentiers battus, que l'on peut battre avec grand plaisir, je vous présente ci-dessous ma manière de le faire.

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Où je vais, peu importe. L'idée germe d'elle-même. Parfois lors de la dernière étape du voyage précédent. Ce qui montre que je ne suis pas saturé. Quelquefois, elle arrive quelque part entre Noël et Pâques. Je ne peux guère être plus précis. Je suis nul en fêtes religieuses.

L'objectif obéit à plusieurs contraintes, dont au premier chef le calendrier. Il doit pouvoir être atteint, voyage de retour compris, en douze à quinze jours à peu près. Une approche en train est possible, théoriquement.

Pour avoir attendu deux jours à Bordeaux que la Sernam retrouve mon vélo avant que je puisse partir vers Paris, je me méfie. Je n'oublie pas non plus les garde-boue faussés et les accrocs à la guidoline malgré le carton protecteur. Les trains régionaux sont une solution intéressante. On y dépose soi-même son vélo à l'emplacement ad hoc. Ils ne permettent cependant que des sauts de puce, qui peuvent quand même fait gagner deux ou trois jours à l'aller comme au retour, et sont mal indiqués sur les dépliants de la SNCF. Ça dépend des régions. Le site de la SNCF train+vélo, la dernière fois que j'y suis allé, s'est avéré complètement fantaisiste. Le problème du transport est le frein principal aux voyages plus lointains. Je me refuse à utiliser mon automobile. Par principe, je ne fais pas de VTT ni de vélo de course, qui ne sont pas autonomes et impliquent l'usage concomitant d'un véhicule à moteur, et pour laisser l'automobile familiale à disposition des autres personnes du foyer.

Ma préparation de l'itinéraire est peut-être trop soigneuse. Besoin de se rassurer, de circonscrire l'aventure ? Je considère plutôt faire deux fois le voyage : une fois sur la carte, et une fois sur la route. Mes voyages sont petits et Joseph Kessel en a fait de grands, ce qu'il écrit me convient néanmoins : "Les grands voyages ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ même. On ouvre les atlas, on rêve sur les cartes. On répète les noms magnifiques des villes inconnues."

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Nous avons bien de la chance, nous autres les voyageurs à vélo d'en France, d'avoir d'aussi belles cartes, qu'elles soient de l'Institut Géographique National (IGN) ou de Monsieur Michelin. Celles de Monsieur Michelin sont à une échelle qui convient bien au voyage. Les cartes IGN au 100 000ème sont parfaites pour la promenade de proximité à vélo, mais il en faudrait des kilos pour un voyage de deux ou trois semaines. Toutes les routes ne sont pas sur la carte de Monsieur Michelin. Celles qui y sont, et les points de repère indiqués - églises, chapelles, châteaux d'eau, monuments, pylônes, calvaires - sont judicieusement choisis et permettent de naviguer en se trompant rarement. Il n'y manque que les lignes à haute tension. Tant qu'à faire de nous défigurer le paysage, autant qu'elles nous soient utiles au repérage. Se perdre, sans doute, fait partie du voyage, et permet d'avoir la fierté de se retrouver. J'essaie d'éviter cette circonstance, préférant passer un peu de temps à prendre des photos ou à la terrasse d'un café, plutôt qu'à pester à un carrefour improbable.

Récemment, Monsieur Michelin a fait de nouvelles cartes locales. La série correspondante antérieure avait une échelle unique : 1/200 000ème. La nouvelle série fait parfois 1/150 000ème et parfois 1/175 000ème. Ces 200 000ème agrandies sont plus lisibles pour les presbytes. Monsieur Michelin est un bon commerçant, il tient compte du vieillissement de la population. Elles sont embêtantes pour évaluer les distances non indiquées sur la carte. J'emprunte souvent des routes sans indications kilométriques, voire sans indications du tout.

Le zoom progressif est la méthode que j'ai retenue pour définir l'itinéraire. Sur la carte de la France entière, à la règle et au crayon (dit de bois, à papier ou noir selon les régions) je trace une ligne droite entre mon domicile et l'objectif. Le tracé se précise en fonction du relief, je ne suis pas payé plus cher si je franchis des pentes à plus de 10 %, et de points de passage que j'estime nécessaires, de manière essentiellement arbitraire : site, ville, curiosité, etc. 

La définition des étapes est le second temps, et se fait sur la carte locale. Une étape est la distance que je peux, et veux, accomplir au cours d'une journée entre deux campings. Ça peut sembler évident, c'est pourtant là que ça se complique. Au long d'un fleuve, ou au bord de la mer, les campings sont suffisamment rapprochés pour que la longueur de l'étape soit celle définie par le temps que l'on souhaite passer à pédaler dans la journée. Dès que l'on quitte ces zones d'activités touristiques, le terrain de camping se fait plus rare. Son existence, avérée par le guide le plus complet et le plus récent possible, définit plus précisément l'itinéraire.

Je pourrais faire le choix du camping sauvage. Ça m'éviterait de me creuser le ciboulot sur mes cartes dépliées avec mon guide des campings, ma calculette et mon curvimètre à régler à chaque changement de carte. J'y ai renoncé pour des raisons d'hygiène. Je me vois mal le soir enrouler la viande couverte de sueur refroidie dans le torchon, et me raser le matin à l'eau de la mare. Le confort et la tranquillité ont fait pencher la balance vers le camping institué. L'âge aussi peut-être ? Le brin de causette avec le tenancier du camping, que mon équipage intrigue presque toujours, fait partie de ma journée.

pancartes-mont-saint-michel.jpgDepuis quelques années, je limite mes étapes à 80 kilomètres au grand maximum. Je fais souvent moins, entre 45 et 60. 80 km représentent pour moi un peu plus de cinq heures de selle. Comme dit l'ami Alain : "Nous autres, il faut qu'on soit super entraînés pour rouler à quinze à l'heure". J'ajoute "quand tout va bien". ça me laisse du temps, dans une longue journée commencée dès l'aube, pour flâner, photographier, visiter, causer. J'arrive à l'étape suffisamment tôt pour pouvoir choisir un emplacement au soleil afin de sécher la lessive. Il me reste quelques délais pour me tromper d'itinéraire, faire face à un rarissime problème mécanique ou m'accorder une petite sieste réparatrice, sans m'angoisser sur l'heure d'arrivée. Je fais des voyages d'agrément pendant mes vacances. Je ne passe pas mes journées le cul boulonné sur la selle et les yeux rivés sur le chronomètre. Avec des enfants, les temps de pause et d'occupations récréatives sont à intégrer dans la journée. Vacances et performance ne riment pas.

Ensuite, carte en main et calculette sous les doigts, je trace mon parcours. Je proscris les routes rouges, à grande circulation, sauf obligation absolue, comme le franchissement d'un pont par exemple. Les routes rouges sont la certitude de grandes quantités d'automobiles et de poids-lourds effrénés, de bruits de moteurs, d'odeurs nauséabondes et de danger permanent pour la petite chose fragile qu'est le voyageur à vélo. Je ne prends les routes jaunes que par défaut. Je préfère les routes blanches, les routes de traverse. Les routes blanches sont des promesses de tranquillité, de camionnettes à casquette, de petits bois, de troupeaux de vaches et de champs de maïs. Elles sont moins ennuyeuses, moins droites, moins plates que les grandes routes. Elles sont aussi plus proches des hommes et des femmes, qu'ils soient occupés aux travaux des champs ou à la peinture du portail. Leur présence est rassurante, et souvent indispensable pour situer la prochaine supérette pour laquelle les panneaux sont situés sur la nationale et non pas sur le chemin vicinal par où j'arrive. L'emprunteur de chemin vicinal est censé savoir, ou alors il demande. Le chemin vicinal appartient à une autre époque, celle où les hommes se parlaient même quand ils ne se connaissaient pas.

Pour finaliser l'itinéraire, des sites existent. Voici, par exemple, un lien vers GPSIES. Il suffit d'y poser des points avec la souris pour avoir la distance, totale et intermédiaire, le profil du parcours, et pouvoir télécharger sur GPS si on le souhaite. Le plus pratique pour le voyage à vélo est le fond de carte OSM Vélo, mais on peut faire d'autres choix. http://www.gpsies.com/map.do?fileId=jqjuqripfxfeedgu

Le mode d'emploi de ce site qui donne aussi en fin de page des liens pratiques pour trouver des itinéraires existants : mode d'emploi GPSies