tout le bataclan

Le voyageur à vélo campeur est un escargot. Il ne va pas vite, et souvent pas vite du tout. Il transporte sa coquille et tout un bataclan. La bête doit être accompagnée du nécessaire, tout le nécessaire, mais rien que le nécessaire, aurait pu dire François Mitterand s'il avait été voyageur à vélo. Quoique. Le superflu aussi est utile.

Le nécessaire varie selon les individus et l'état de fortune du voyageur. Je ne dirai pas grand chose du deuxième terme. Il influe sur l'encombrement et le poids, sans modifier la liste des trucs à emporter. L'indispensable ne doit pas être confondu avec le superflu. Le superflu est la variante libre, individuelle. Un amateur de musique peut choisir d'emporter un truc à bruits, et des boîtes de réserve de piles si tel est son bon plaisir. Au sens strict, c'est superflu, pour lui, c'est nécessaire.

Le nécessaire

L'indispensable relève de trois fonctions de base : dormir, manger, s'habiller.

Pour dormir, une tente, un matelas et un duvet constituent le minimum. La tente est légère, mais aussi grande qu'il faut pour ne pas s'y sentir à l'étroit. Un de mes premiers modèles était si petit que je croyais rentrer chaque soir dans un cercueil. S'habiller à l'intérieur relevait du contorsionnisme. Elle n'avait pas d'avancée pour y ranger les chaussures et le camping-gaz. Dur ! Mon modèle actuel est un tunnel anglais de 2,50 m de long sur 1,50 m de large, 1 m de haut, avec suffisamment d'espace pour y ranger les sacoches et les chaussures à l'extérieur de la chambre, le tout pour à peu près 1,5 kg. Pour le duvet et le matelas, autogonflant, les matériaux modernes combinent légèreté (moins de 0.8 kg pièce), confort et faible encombrement, avec un sac de compression pour le duvet. Je ne campe que l'été, et utilise quand même un duvet en duvet (plus coûteux mais léger et très confortable), les traitements actuels de ce matériau traditionnel autorisent un usage en milieu humide. Ce n'est pas donné, mais il faut ce qu'il faut, comme dit Maïté. Moins cher, ça existe, plus lourd et plus encombrant aussi. Rien ne contraint à tout acheter au top dès la première sortie. L'étalement de l'investissement rend la dépense supportable et laisse le temps d'observer l'évolution du matériel et ce qu'utilisent les autres. Le marché est étroit, mais il n'est pas impossible de trouver de la seconde main.

 

Divers modèles de tentes de voyageurs à vélo, qui ont pour caractéristiques communes d'être assez grandes mais pas trop, tout en offrant confort et abri, pour un poids contenu. Pour alléger une tente à moindres frais, il est possible d'acquérir des mats plus légers que ceux d'origine.

 

 

 

 

En matière de casseroles, de vaisselle et de moyen de chauffage, n'ayant pas à affronter de conditions extrêmes ni de contrées désolées, je n'ai pas de doctrine. Un petit gaz de camping, dont les recharges sont disponibles partout, une petite batterie de casseroles et une boîte hermétique en guise de plat-assiette-bol font mon affaire. J'ai choisi une casserole avec un revêtement anti-adhésif et un couvercle à trous, pour les précieuses nouilles.

Les vêtements sont avant tout fonctionnels. Le pire est à prévoir. Huit ou dix heures sous la pluie, ça peut arriver. Un organisme à peu près normal peut le supporter, pourvu qu'il soit convenablement protégé. L'humain est ainsi fait qu'il doit impérativement recréer son micro-climat pour bien vivre. Une tenue totalement imperméable, et respirante, couvrant de la tête aux pieds, est donc à prévoir.

Le cuissard, du moins avec un vélo traditionnel, est le seul vêtement réellement cycliste qui soit utile, si l'on excepte les chaussures et les gants. Essayez de pédaler cinq heures par jour, surtout par grande chaleur, avec des coutures qui vous rentrent dans les fesses et vous verrez dans quel état elles sont. On trouve de bons cuissards pour des prix très bas chez un grand distributeur d'articles de sport. On en trouve d'excellents, pour un rapport qualité-prix sans pareil, à la boutique de la Fédération française de cyclotourisme (FFCT). Je les préfère sans bretelles, ne serait-ce que pour ne pas avoir à me déshabiller complètement pour aller aux toilettes (dans un petit bois, sous l'ondée, en cas d'urgence...), mais aussi parce que je n'aime pas les trucs qui me tirent sur les épaules.

Dans des temps pas si lointains, mes socquettes en coton pouvaient rester accrochées avec des pinces à linge sur les gaines des câbles de frein jusqu'à trois jours en attendant l'éclaircie. Les gaines apparentes ont disparu (est-ce moins érotique ?) et les socquettes sèchent vite, si on les choisit dans un matériau synthétique moderne, genre Coolmax. Shimano fait d'excellentes sandales pour le vélo, avec possibilité de cales pour pédales automatiques, qui résolvent à la fois les problèmes de séchage des socquettes et de peau de pied. On peut les trouver, et aussi beaucoup d'autres articles pour le voyage à vélo, par exemple chez Rando Boutique : http://www.rando-boutique.com/boutique/ ou Cyclo Randonnée http://www.cyclo-randonnee.fr/ 

Exemple de sandales de vélo (même pas moches), avec semelle légèrement cambrée rigide où des micro-cales peuvent être intégrées sans gêner la marche.

J'ai lu à peu près tout ce qui est paru de Jules Verne, mais ne suis pas pour autant fanatique du « progrès », notion gavauldée et récupérée. « Le progrès est ce qui soulage la peine des hommes » a dit un nouveau philosophe. Ça démontre qu'il n'a pas dit que des conneries (« il en a écrit aussi » aurait ajouté Coluche). Cette idée du progrès me va bien, les socquettes en Coolmax et les matelas auto-gonflants itou ! Il existe une sorte de housse, légère et pliable, qui permet de transformer le matelas auto-gonflant en fauteuil le soir à l'étape, ou au bord de la route pour le pique-nique, ça épate le bourgeois et ça soulage le dos. Le "bourgeois", adepte de ce qu'il est convaincu être le confort, c'est-à-dire un camping-car lourdement équipé, est souvent un gentil monsieur qui vient causer au voyageur léger, se déclarant surpris de l'ensemble des éléments de confort dont le voyageur dispose en si peu de poids et de volume. Pour un volume et un poids très réduits, il existe aussi la sangle Sashado et le coussin en mousse tout terrain Wild Seat, moins de 150 g les deux. Pour 900 g, on peut avoir un fauteuil bien confortable même quand l'herbe est mouillée : http://www.auvieuxcampeur.fr/chaise-helinox.html

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La quantité est affaire de choix personnel et de précautions. Je prévois trois jours de rechange en sus de la tenue sur le bonhomme : trois chemises, trois cuissards, etc. L'expérience m'a démontré que une seule tenue de rechange relève d'un optimisme exagéré et quatre, ça commence à faire lourd et encombrant. Au bout de quatre jours de pluie, ce qui est quand même rare en été en France, un arrêt dans une laverie automatique permet de repartir avec trois jours de marge. J'ai renoncé aux t-shirts en coton, pour les mêmes raisons que les socquettes, le poids du mouillé en plus. Les chemises de randonnée en machin léger, protégeant du soleil et respirantes sont bien adaptées. Elles évitent qu'on confonde le voyageur à vélo avec un cycliste du dimanche. On a sa dignité.

J'emporte aussi une tenue pour le froid. Normalement, elle ne sert à rien. Sauf une fois ou deux, où, sans elle, mes rotules auraient joué des castagnettes avec mes têtes de fémur. Des marques d'Europe du Nord et aussi Damart (pas ringard, notamment les n° 4 et 5) font des choses à manches longues, y compris pour les jambes, qui sont très efficaces. Un duvet léger, prévu pour une température de confort à 10° permet de dormir au tiède par 0° (dans la tente) avec ce type de sous-vêtements. Une paire de grosses chaussettes est à ajouter au bataclan.

Je m'emmitoufle le soir dans mon gros gilet en laine polaire ou une doudoune compressible http://sacsdecouchage.fr/it/categories/vestes----a-partir-de-55-g/1-1278?gid=52&vid=1  . C'est à peine encombrant, et léger, très doux et peu sensible à l'humidité. Même quand il ne pleut pas, la rosée suffit à mouillasser un peu tout. Roulé en boule, la laine polaire peut servir d'oreiller, la doudoune moins, il convient alors d'ajouter un oreiller gonflable. Pour aller faire le beau jusqu'à la camionnette du charcutier ambulant, j'enfile mon pantashort qui me fait d'une pierre deux coups (toujours léger, peu froissable, etc.).

Le coton, je le réserve pour la nuit. Tricot de peau et caleçon. Bien dormir est aussi indispensable que bien manger.

Le bazar environnant

Le bazar environnant est de toute première importance : pinces à linge de taille réduite (qui pincent comme des grandes), ficelle en nylon pour étendre le linge (qui peut servir si on perd celles de la tente ou pour renforcer le haubanage par grand vent), petit savon de Marseille pour la lessive, etc. 

Je suis en veille permanente, sur Internet, dans les revues et les catalogues. Dès qu'un produit intéressant m'autorisant pour un même usage de faire plus petit et/ou moins lourd, j'achète. Ce sont souvent des bouzigous à trois sous. Le porte-manteau gonflable est une grande idée, tout comme le miroir incassable, ou la brosse à dents pliable, la trousse à couture hyper-compacte ou la trousse de premiers secours, minimaliste mais suffisante.

Le couteau suisse est un vrai, solide et léger. La lampe de poche est américaine, bien conçue et robuste, on peut lui préférer la lampe frontale fort pratique en camping. La trousse de toilette ne contient que ce qu'il faut. La serviette peut être coupée en deux pour réduire son volume, ou bien on peut adopter les serviettes de voyage en microfibre très légères et qui sèchent vite. Une éponge naturelle peut servir de gant de toilette et à s'essorer avant essuyage. Le shampooing se transporte dans une petite bouteille en plastique parfaitement hermétique, acquise à peu de frais chez Au Vieux Campeur, qui est la caverne d'Ali Baba du randonneur pédestre, cycliste, grimpeur ou spéléologue. Certaines et certains se lavent les cheveux comme le reste au savon, ça me gratte la tête.

Le poids et le volume doivent être limités. S'il me faut tout ce dont j'ai besoin, je dois rigoureusement circonscrire ce besoin. Tout, mais tout petit. Le temps apprend. Le bazar qui n'a pas servi pendant un voyage peut être éliminé au suivant, après réflexion. Je n'oublie pas que je suis le passager et le moteur. Au fil du temps (de la randonnée et du blanchiment du pelage), le passager s'alourdit et le moteur perd de la puissance.

Les sacoches (ou la remorque)

Pour protéger et transporter le tout, il faut des sacoches. J'exclus a priori le sac à dos scieur d'épaules, facteur de douleurs, ballottant d'un côté à l'autre, non imperméable et provoquant une sueur permanente. Le vélo transporte les bagages, pas le cycliste, qui ne fait que faire avancer, et ça suffit à son bonheur.

Je vois de plus en plus de remorques. Elles évitent d'avoir un vélo spécifique avec porte-bagages et permettent d'utiliser un vélo "léger" pour voyager. Certains utilisateurs disent que le vélo est un peu plus difficile à diriger avec une remorque, et qu'on sent bien l'âne mort derrière dans les montées. Les sacohes avant aussi font guidonner, et le poids est présent. Il existe plusieurs types de remorques, les monoroues paraissent les plus faciles à emmener, comme la Bob Yak http://www.cyclo-randonnee.fr/achat/cat-remorque-velo-bob-yak-86.html  ou la Mule http://www.cyclo-randonnee.fr/achat/cat-remorque-velo-tout-terrain-192.html ou l'Extrawheel http://www.cyclo-randonnee.fr/achat/cat-remorque-velo-extrawheel-77.html

J'en reste aux sacoches. Mes premières étaient de Mobylette. Eh oui ! Des gros trucs en skaï marron avec le fond en métal. Lourd, mais logeable et costaud. Ensuite, je suis passé aux sacoches en polymachin, tenant avec des crochets. Le gain de poids était réel, mais relatif puisque des tendeurs devaient en faire le tour pour les plaquer sur le porte-bagages. Puis j'ai acquis des sacoches du même métal mais liées au point fixe par des sangles. Je m'étais allégé des tendeurs, mais il me fallait une demi-heure pour poser ou déposer. L'accrochage du ressort à l'arrière n'était pas sans danger pour les mains. Bonjour les dégâts en cas de crevaison !

Pour finir, j'ai pris des sacoches allemandes, qui sont vraiment imperméables, et super-pratiques. Elles s'accrochent et se décrochent avec un simple mouvement de la poignée, ne bougent pas pendant le transport (une sacoche qui brinquebale finit immanquablement par provoquer la casse du porte-bagages), la sangle qui permet d'en régler le volume sert pour les transporter à l'épaule. Elles sont garanties dix ans, et toutes les pièces d'usure sont remplaçables. Là aussi, j'ai pris mon temps et observé les autres, les photos dans les catalogues et les revues, et finalement acheté ce qui me convenait le mieux.

Moins chère que les allemandes à la réputation solidement établie et qui vous accompagneront durablement en voyage (Vaude, Ortlieb), il en existe des polonaises http://www.crosso.net/adv_search.xml?A10=crosso&hide=1&rowsperpage=500 . Crosso vend aussi sur son site (en anglais) des sacs étanches, des porte-bagages, des matelas, des trousses... (Je n'ai pas d'actions chez ce fournisseur polonais, pas plus que chez ceux que je cite, ce ne sont que des infos.)

650 rouge avec solognesÀ l'arrière, j'ai longtemps conservé les Solognes que Mario m'avait cédées. Elles donnaient un petit air rétro à ma mule de cyclo-campeur avec leur bâche grise, leurs sangles en cuir et leur ficelle pour régler l'épaisseur. J'y avais ajouté un système contemporain d'accrochage et décrochage rapide qui assure et rigidifie l'ensemble, des sacs à gravats à l'intérieur pour protéger le contenu de la pluie, et de grands réflecteurs jaune fluorescent. Des sacoches économiques peuvent ainsi être imperméabilisées pour pas cher.

 

La sécurité

La visibilité augmente la sécurité. Le cycliste ne souhaite pas être pris pour un hérisson. Il choisit donc des vêtements et des accessoires de couleur vive, quitte à faire un peu clown. Plutôt ridicule que mort, le voyageur à vélo. Les problèmes avec les automobiles sont moindres avec un vélo en configuration voyage qu'avec un vélo habituel, sportif, promeneur ou travailleur, peut-être du fait de la largeur de l'engin, et/ou de sa relative rareté qui emporte davantage la curiosité que l'agressivité, du moins dans des zones peu touristiques.

On peut user sans modération d'un gilet haute visibilité, surtout sur les routes fréquentées par des véhicules à moteur. On le préférera fermé par une fermeture éclair plutôt qu'en format chasuble flottant à tous les vents. On en trouve de la marque L2S (chez Go Sport par exemple, et même en rose pour le côté girly si ça dit), ou Ekoi (français !).

Le superflu

Passons au superflu. Je demeure à l'écoute du monde avec ma petite radio PO/FM. Je peux emmagasiner plus de 300 photos dans ma boîte électronique, c'est suffisant pour un court voyage.

Le téléphone portable me paraît utile. Pouvoir appeler les urgences est une sécurité minimale quand on circule sur de petites routes où l'on peut rester des heures sans croiser âme qui vive. Il n'est pas besoin qu'il soit allumé en permanence, ça viderait la batterie, mais reçoit les messages que l'on consulte à l'arrêt. Le petit truc simple et sans grand écran dont la batterie dure très très longtemps sans recharge est le mieux. Les Samsung Solid (norme IP57) sont assez répandus en ce moment chez les cyclo campeurs. Réservez les i-machins et autres smarts pour la frime branchouille à la terrasse des stations balnéaires, les salons de cadre sup' et les cages d'escaliers de HLM. Trois de mes smarts en cinq ans sont devenus fous, peut-être à cause de l'humidité et des vibrations.

L'appareil photo mériterait une grande page à lui seul. Voyage à vélo et photographie sont souvent intimement liés. Je connais pourtant des voyageurs qui emmagasinent les photos dans leur tête seulement. Pour ma part, adepte de la qualité des résultats, j'ai longtemps utilisé un réflex, argentique puis numérique. C'est lourd, surtout avec plusieurs objectifs. J'ai fini par préférer une petite boite beaucoup plus légère. Pour les instantanés au soleil et le genre souvenir de famille, c'est sensiblement convenable. Je veille à ce que ces appareils soient utilisables avec des piles courantes, n'ayant pas (encore ?) adopté la dynamo ou le petit panneau solaire pour recharger l'électronique. On pourra aussi se dire que les chargeurs sont légers et utilisables dans les campings ou à l'hôtel. Si on va dans ces lieux civilisés.

La tablette permet de disposer d'un écran d'assez grande taille pour mettre à disposition de tous les photos et commentaires du jour. Elle me semble encore un peu coûteuse et insuffisamment rustique. Surtout, mon voyage à vélo est plutôt "débranché", quelque peu hors du temps social contraint et ses sollicitations impératives, plutôt axé sur l'échange direct avec mes semblables et les éléments naturels. Je ne tiens donc pas à promener un bracelet électronique. Je préfère également avoir un peu de recul avant de publier un texte même anodin. La communication instantanée en moins de trente mots n'est pas dans ma philosophie du voyage à vélo. Comme le téléphone portable, elle peut permettre d'échanger des messages avec ses proches.

Le GPS aussi mériterait un article spécifique. Je ne suis ni pour ni contre. Je continue d'utiliser les cartes. Après on verra. Les GPS dédiés présentent l'avantage sur le smartphone d'être conçus pour des conditions un peu rudes.

Bref, pour le superflu, c'est vous qui voyez. Les petits appareils électroniques peuvent se recharger avec la dynamo moyeu http://www.cyclo-randonnee.fr/rechargement-200/chargeur-busch-muller-e-werk-1232.html 

Quelques vieux trucs

Quelques vieux trucs peuvent être utiles. Les vêtements sont moins chiffonnés roulés que pliés, et plus faciles à retrouver. Le fond de la sacoche est toujours trop loin parce qu'on a toujours besoin urgemment de ce qui est dessous. Je reconnais le propre du sale en mettant le sale à l'envers. J'isole et je trie les petits objets en les rangeant dans des sacs à fermeture multiple (zip). Les petites choses sont de couleur vive, plus facile à repérer dans l'herbe. Qui a cherché à la tombée du jour un briquet kaki posé on ne sait où comprendra ! Trois ou quatre sacs en plastique servent de poubelle, ou pour emballer le linge ou la tente ou les chaussures qui n'ont pas encore eu le temps de sécher. Ce n'est qu'en ces circonstances que j'utilise ces cochonneries de pochons en plastoc qui polluent tout un peu partout.

Le poids du tout

Le poids du tout, avec la boîte à lunettes, les cartes routières, le carnet pour les notes et le crayon, la boîte à outils et toutes ces sortes de choses, atteint environ vingt kilogrammes, dont six kilogrammes au moins pour les sacoches. J'emporte donc treize à quatorze kilos de bataclan. C'est suffisant pour trois jours ou trois semaines.

L'économie d'échelle, rendue possible par un départ en couple, ou à plusieurs, ne jouerait que sur la tente, le gaz et les casseroles. Tout le reste est individuel. Répartir une relativement grande tente familiale sur deux ou trois transporteurs est intéressant.

Le poids n'est un réel obstacle que dans les montées, où patience et petit braquet font plus que force ni que rage. Sur le plat, une fois lancé, sauf à vouloir « faire un temps », il n'est pas une gêne. En descente, pour autant que la charge soit répartie avec intelligence, il autorise une prise de vitesse impressionnante. J'ai atteint ma vitesse maximale à vélo, une vitesse bien supérieure à celle autorisée en ville pour les voitures, avec le chargement, de peu il est vrai par rapport à un vélo non chargé, sans doute parce que je ne recherche pas les fortes pentes avec le bataclan. Dommage, les descentes avec la charge, c'est rigolo ; un petit coup d'adrénaline de temps en temps assainit l'esprit. Le vélo semble d'une grande sûreté. Toute relance serait absurde. Il ne reste que le choix de la trajectoire.

La répartition du poids et des volumes

La répartition du poids et des volumes est un principe inaliénable. Sans charge à vélo, deux tiers du poids portent sur l'arrière et un tiers sur l'avant. Le vélo est une propulsion, la roue motrice est à l'arrière. L'ajout de charge à l'arrière rend la direction excessivement légère. La machine devient une sorte de Dauphine Renault où il fallait ajouter un parpaing dans le coffre à l'avant pour avoir une chance de rester sur la route. Le chargement « tout à l'arrière » est dangereux et fatigant, les bras sont exagérément sollicités pour tenir le guidon qui a tendance à partir tout seul d'un côté ou de l'autre. Traditionnellement et pragmatiquement, les Français chargent donc le lourd à l'avant, pour rétablir l'équilibre avant/arrière. Ils ont raison. Chargé ou pas, ainsi qu'il est écrit dans Vélo de Genzling et Hinault, on doit pouvoir « jouer du piano sur le guidon », sans que la machine vole n'importe où. Voici un exemple de liste de chargement de sacoches, à chacun de faire la sienne : exemple chargement sacoches

Imgp2686Cinq sacoches teutonnes, avec poids et volumes judicieusement répartis.

Le lourd, devant, est arrimé en bas, pour abaisser le centre de gravité, sur des porte-bagages surbaissés. Le léger et volumineux est derrière, accroché sur un porte-bagages standard. Je répartis aussi par thème : toilette, boustifaille, dodo, etc. Pour ne pas modifier la répartition du poids, obtenue par double pesée de chaque sacoche avec le bonhomme sur le pèse-personne de la salle de bains, et pour m'y retrouver sans avoir à chercher, je fais une liste du contenu de chaque sacoche. Je n'échappe pas aux compromis. La logique voudrait par exemple que la tente soit au fond de la sacoche, à cause de son poids, mais comment la mettre en premier alors que c'est le dernier objet à charger ?

 

D'autres font d'autres choix, un peu moins "organisés". Ils ont bien le droit !