VAE c'est quoi, pour qui, pour quoi faire ?

Reprenons depuis le début... et dans l'ordre :

  1. Un VAE pour qui ?
  2. Un VAE pour quoi faire ?
  3. Et puis d'abord, c'est quoi un VAE ?
  4. Et toi, t'as pris quoi ?
  5. Et y'a pas de soucis ?

1. Un VAE pour qui ?

« Les tricheurs » répond spontanément l'automobiliste adipeux observant d'un œil torve les cyclistes ahanant sur les pavés en sirotant une bière à la terrasse d'un café. M'énerve... Je ne lui en veux pas. Ou pas longtemps. Il est convaincu qu'un vélo, c'est fait pour faire la course avec les autres, de préférence dans les montées. Un vélo, c'est fait pour souffrir, pour subir la pluie, le vent, la chaleur, le froid, avoir mal partout à l'arrivée et toujours gagner ses kilomètres à la sueur de son front et la douleur de ses cuisses. Pour faire du vélo, il faut être sportif, dépasser les autres et se dépasser. Le vélo est un engin de torture, un truc de sado-maso. Je pousse à peine la caricature, répandue chez les grassouillets, les trop maigrichons à force de ne pas bouger... et les sportifs. Admettons que pas tous. Quand même.

Sauf que. La grande majorité des vélos sert à aller à la plage, au bureau ou à l'école, à aller acheter le pain ou à se promener. Alors, le sport... Comme le chantait Barbara : "Moi, je m'balance, parmi tous vos désirs, vos médisances, car j'm'en balance". Et nous sommes les plus nombreux. Le vélo de sport, de mise en concurrence des uns avec les autres, ne concerne qu'une toute petite minorité de cyclistes, qu'ils soient « secs » ou, plus rarement, assistés électriquement. L'image sportive demeure cependant. Peut-être surtout en France, pays de Petit-Breton et de Jacques Anquetil, du Tour de France et de Paris-Roubaix.

L'Observatoire du cycle a recensé 3,03 millions de vélos vendus en France en 2016 (+1.5% par rapport à 2015).  D'autres données montrent que 2% des cyclistes pratiquent en compétition. Les licenciés en club (FFC, FFCT, Ufolep, FSGT) représentent 2,5% des pratiquants du vélo et les 50 à 65 ans sont les plus représentés sur route, dont notamment les adhérents de la Fédération française de cyclo tourisme, qui ne sont pas, loin s'en faut, tous des sportifs au sens coubertiniste (« Citius, Altius, Fortius », plus vite, plus haut, plus fort). Associer vélo et sport (de compétition) est donc une idée fausse, ou du moins très partiellement en correspondance avec la réalité.

Et les VAE ? Peu, contrairement à ce que pourrait laisser penser la loupe grossissante des médias qui dithyrambent sur le VAE. 3,6% des ventes de vélo en 2016 (120 000 exemplaires, contre 600000 en Allemagne), quoiqu'en forte hausse (+31% par rapport à 2015). Et les voyages itinérants à vélo ? 0.5 % des français. Alors, les voyages itinérants à VAE ? Je ne sais pas. Je dirais pas tripette (ce qui est une donnée statistique peu fiable j'en conviens), mais ça devrait venir, d'autant que le secteur marchand s'organise pour offir des VAE aux cyclistes occasionnels qui veulent d'abord de l'agrément.

D'autres parmi nos voisins européens semblent moins marqués par la compétition. Leur industrie fabrique et vend des VAE chez eux et aux français. Les français aussi en fabriquent, ou du moins en assemblent, comme Moustache par exemple qui fait de beaux VAE urbains et VTT MoustacheBybikes propose de nombreux modèles de marques diverses http://www.bybike.fr/ le réseau de magasins Cyclable vélos électriques Cyclable en offre aussi un échantillon intéressant. Je cite pour illustrer, il y en a beaucoup d'autres et des magasins près de chez vous.

Le VAE convient pour toutes les pratiques de loisirs et utilitaires où il n'est pas interdit et qui sont citées au point 2, soit 98% des usages de la bicyclette.

Quelques sectaires ne supportent pas l'idée même du VAE. Il se veulent exclusivement musculaires et ne supportent pas tout ce qui ne leur est pas exactement semblable. Sous des dehors parfois sympathiques, des allures bohêmes ou de sportif de sous-bois, ils ne sont pas si loin d'autres totalitaires qui sévissaient dans les années 1930 en ne jurant que par le retour à la nature et la pureté. Tant qu'ils sont douze suprémacistes musculaires à se réunir au coin d'un pré pour exhiber leurs poils sous les aisselles, ils dérangent peu. Je préfère néanmoins celles et ceux qui font société aux inquiétants puristes qui ne veulent vivre que dans l'entre-soi.

2. Un VAE, pour quoi faire ?

La promenade seul, en famille, ou avec des ami-e-s, sans entraînement préalable est plus agréable, surtout s'il y a quelques côtes et du vent. Il en va de même sans les côtes ni le vent et avec de l'entrainement. Le VAE est plus doux, plus progressif et plus rassurant que le vélo sec.

Le VAE peut être récréatif ou de loisirs. En VTT, il facilite la circulation en terrain difficile. Le moteur électrique, sans complètement gommer l’effort, rend les promenades dans les sous-bois, les chemins boueux et les pentes caillouteuses bien plus plaisantes, et leur permet de durer plus longtemps.

Le VAE sert en voyage. Promener ses six sacoches et son lourd bazar de cyclo campeur requiert une force plus importante à la même vitesse qu'avec un vélo de course en carbone de 6 kg tout mouillé. Vae voyageLe VAE rend le voyage plus touristique.

Le VAE peut être utilitaire. Mon plombier a un tricycle intégrant une grosse caisse pour porter son matériel et une assistance électrique. Comme la dame chez qui je prends parfois un expresso préparé sur son triporteur.

Il sert aussi à ceux qui vont en vélo au travail (vélotaffeurs) et ne souhaitent pas arriver en sueur au bureau. Le VAE permet de ne pas se préoccuper du poids à transporter : tenue imperméable, dossiers dans les sacoches, bébé à déposer à la crèche... Les vélos cargos assistés électriquement que je vois chaque matin, avec jusqu'à quatre enfants dans la grande boite, offrent enfin une solution sympathique aux mamans et papas qui trimbalaient leur tonne de ferraille pour se rendre à l'école. Un bienfait pour la civilisation.

Le VAE compense, de manière au moins significative, une différence avec la moyenne du groupe, permanente ou provisoire, due à un problème de santé ou à l'âge, ou au cumul des deux. Il maintient et développe donc la vie sociale, le bon moral et la meilleure santé qui en découlent.

Le VAE permet de moins se fatiguer, d'aller plus loin, plus vite. Il permet aussi d'accompagner des personnes plus robustes et mieux entraînées. On voit de plus en plus Madame en VAE et Monsieur en vélo sec. Monsieur continue de faire du sport, Madame s'adapte avec intelligence. Le principal est qu'ils puissent rouler ensemble.

Les personnes âgées n'utilisent pas assez le VAE. Trop de ces personnes font toujours les mêmes petits parcours le long du canal quand elles pourraient se promener dans les collines grâce au VAE, en prenant moins le risque d'un accident de santé, le VAE permettant d'éviter les pics d'efforts où se produisent les accidents de santé, genre crise cardiaque.

Dans tous les cas, le VAE, c'est le vélo sans souffrance, ou alors beaucoup moins. J'entre dans toutes les catégories que je viens d'évoquer, sauf le bébé à la crèche. Dans tous les cas, le VAE est un vélo. Avec une assistance proportionnelle, quand on appuie plus fort sur les pédales, on va plus vite (dans les limites de la puissance maximale possible du cycliste et du moteur). Quand on appuie moins fort, on va moins vite. Comme un vélo. C'est un vélo.Cargo bike ghent 7

L'aide apportée par le petit moteur étant proportionnelle à l'effort produit par le cycliste, le VAE avance si et seulement si le cycliste fait un effort. Si l'aide n'est pas proportionnelle à la force d'appui du pédaleur, on ordonne au moteur par la commande au guidon d'aider juste assez pour faire un effort tranquille. Trois, quatre ou cinq heures de pédalage sur un VAE, ça fatigue (une bonne et saine fatigue, résultat d'un effort modéré prolongé), ça fait (un peu) mal aux jambes. Comme un vélo. C'est un vélo, grâce auquel le cycliste pratique une activité physique, prend l'air, voit du monde et le monde. C'est un bienfait pour la santé physique et psychologique. C'est tellement un vélo que les commandements de Velocio sont toujours autant d'actualité : Paul de Vivie dit Velocio

Le VAE devrait être remboursé par la sécurité sociale. Je blague à peine. Si la SS avait une politique de prévention plus développée et non seulement de remboursement de soins une fois les problèmes déclarés, la question devrait se poser de manière sérieuse, au moins pour des publics à risque à qui une activité physique adaptée est plus particulièrment profitable. Le vélo est un sport porté que l'on peut pratiquer jusqu'à un âge avancé, avec la fée électricité le plaisir est conservé. Ces publics sont fragiles, il est urgent d'apaiser la circulation générale pour que les vieux vieillissent harmonieusement, que les enfants soient plus autonomes et que tous vivent en paix sans être agressés par des gros machins déshumanisants qui voudraient aller vite à tous prix jusqu'au prochain feu rouge.

3. Et puis d'abord, c'est quoi un VAE ?

Communément appelé Vélo à assistance électrique (VAE), le code de la route le nomme « cycle à pédalage assisté ». Le Code de la route ne connaît pas  plus le vélo que le VAE. Le code est snob, mais précis, notamment à l'article R311-1 :

Cycle : véhicule ayant au moins deux roues et propulsé exclusivement par l’énergie musculaire des personnes se trouvant sur ce véhicule, notamment à l’aide de pédales ou de manivelles.

Cycle à pédalage assisté : cycle équipé d’un moteur auxiliaire électrique d’une puissance nominale continue maximale de 0,25 kilowatt, dont l’alimentation est réduite progressivement et finalement interrompue lorsque le véhicule atteint une vitesse de 25 km/h, ou plus tôt si le cycliste arrête de pédaler.

Si une au moins des conditions suivantes est remplie :

  • la puissance continue est supérieure à 250 W,
  • le moteur  continue de propulser à plus de 25 km/h,
  • le moteur entraîne le vélo sans que le cycliste ait à pédaler,

ce n'est plus un cycle à pédalage assisté légal. C'est un cyclomoteur, voire un vélomoteur, en fonction de sa puissance. Il est alors obligatoire que le véhicule soit homologué, d'être immatriculé, d'avoir une assurance et de porter un casque répondant à la norme pour les cyclomoteurs et vélomoteurs, ou bien cette machine circule illégalement sur la voie publique, avec d'éventuels risques en terme d'assurance et de verbalisation.

Les premiers VAE que j'ai vu étaient à entraînement direct. On les reconnait facilement. Le cycliste fait semblant de pédaler en tournant très lentement les pieds. Le moteur est à fond tant que les pédales bougent un peu. L'engin est plus proche du vélomoteur que du vélo classique, sa batterie se vide très vite, et ces engins étaient assez souvent de mauvaise qualité. Ces machins étaient en partie responsable de l'image du VAE, qui a bien évolué depuis, sauf dans quelques têtes aux idées préconçues et figées.

Le VAE de nos jours est souvent pourvu de trois capteurs, un pour la vitesse du vélo, un pour la vitesse de rotation des pédales et un pour la force avec laquelle le cycliste appuie. Il peut aussi n'en avoir que deux : détection de pédalage et détection de la vitesse. En fonction du réglage (faible, moyen, fort, parfois jusqu'à neuf niveaux), il apporte un niveau d'assistance, un pourcentage supplémentaire à la force déployée par le cycliste avec capteur de force, ou un niveau d'assistance fixé par la commande plus ou moins au guidon. Michel Orain, concepteur de vélos électriques, avait judicieusement nommé ses créations "Cybien", ce qui veut dire cycle bi-énergie. La force du petit moteur s'ajoute à la force du cycliste, elle ne la remplace pas. 

dscf1494.jpgLes VAE n'ont pas grand chose à voir avec des Mobylette. Avec une assistance proportionnelle, si un cycliste fournit 60 W, le moteur apportera  par exemple 50% de plus. A eux deux, ils disposeront de 90 W pour faire avancer le vélo. Tu pédales, tu avances. Tu ne pédales pas, tu n'avances pas. J'entends un petit malin dire qu'on avance sans pédaler en roue-libre et en descente. Il n'a pas tort. Allez donc faire de la pédagogie avec ces exceptions aux règles. Retenons toutefois, Mesdames et Messieurs, si vous le voulez bien, que le VAE est un vélo sur lequel il faut pédaler à cause que c'est un vélo.

Quelques bricoleurs montent des kits avec avec un moteur électrique qui ne sont pas des cycles à pédalage assisté au sens du Code de la route. Des kits de forte puissance sont interdits ailleurs que dans un terrain privé, sauf s'ils sont immatriculés, assurés, le pilote casqué et pourvu d'un certificat d'homologation de son véhicule. Sinon, il prend le risque d'être dans l'illégalité. Le VAE qui va vite, à plus de 25 km/h avec assistance, peut ne pas déranger, à condition d'être soit accepté par les personnes du groupe avec lequel il circule. L'acceptation sociale est un critère bien plus majeur que tous les règlements. La bonne vitesse dans un groupe est celle du groupe.

Autant il est envisageable de vouloir aller rapidement en terrain dégagé, pour un trajet vélo-boulot-dodo par exemple, autant en zone urbaine très dense 25 km/h est une allure peu raisonnable, notamment dans une zone de rencontre où circulent aussi des piétons plus ou moins sourds et aveugles, le nez dans leur smartphone ou à cause des atteintes de l'âge. Le cycliste électrique n'est pas a priori plus inconscient qu'un automobiliste dont l'engin peut dépasser les 200 à l'heure et qui circule tranquillement dans une zone 30. La bonne allure dans une zone de rencontre est celle à laquelle circule le piéton, que la VAE puisse aller à 25 ou à 50 km/h. Le cycliste électrique sait qu'il repartira sans effort inconsidéré, il peut donc ralentir courtoisement et faire un sourire au piéton qu'il laisse passer. 

4. Et toi, t'as pris quoi ?

Ici, nous sommes dans un site consacré au cyclo camping, qui peut être électrifié, ou pas. Voir ici pour l'électrique : de Nantes au Mont-Saint-Michel et retour et là Vendée épique et ploc ou biend'île en marais au printemps et plutôt là pour l'électrique ou pas : voyage à vélo et toute la catégorie préparer, vivre et terminer un voyage.

Les choix proposés sont les miens, fonction de cette activité, même si mon cycle à pédalage assisté m'emmène également au quotidien vers l'usine ou le supermarché, le chagrin et le magasin. Quoique, au chagrin, je n'y vais plus. J'ai choisi (pour l'instant), après réflexion et tests, un VAE à moteur central, assistance proportionnelle et une "grosse" batterie,  l'équivalent d'un triple plateau pour avoir beaucoup de développements, la possibilité de le charger un peu ou beaucoup donc des bonnes roues à pneus relativement larges, un guidon multipositions, du confort et de la sécurité (éclairage, freinage...). Comme un vélo. C'est un vélo.

J'en cause, longuement, ici : Après 3000 kilomètres en Kalhoff i27 . Ce modèle a disparu du catalogue Kalkhoff, qui ne présente plus de vélo avec de petits développements. Chez Gitane, on propose pour 1800€ un moteur pédalier Gitane Organ central avec une batterie de 14,5Ah et un niveau d'assistance commandé par les boutons plus et moins (et non par la force d'appui sur les pédales). Le petit développement est bien grand, pas loin de 3 mètres. Le moteur e-going semble bien être un Bafang rebaptisé, pour lequel on pourra trouver des adaptateurs de plateaux de VTT ou un petit plateau de 36 ou 32 dents chez Preci Alps notamment.

Il est difficile, voire impossible, de trouver en "tout fait" un vélo à pédalage assisté avec des petits développements. La plupart ne sont pas conçus pour le voyage, ni pour être chargés mais pour se déplacer en ville et faire de petites sorties à la journée en terrain plutôt facile. Des VTTAE (vélo tout terrain à assistance électrique) pourraient convenir question développements, mais leurs pneus à crampons et leurs suspensions buveuses d'énergie, l'absence d'équipements comme les porte-bagage, lumières, béquille, etc., obligeraient à de nombreuses adaptations. Il existe des vélos, sous le charme de la fée électricité, chargeables avec double batterie de 500Wh chacune, mais je vous dis pas le prix... Et puis si, je vous le dis, car les vélos électriques pour les américains, les gansters, les capitalistes, les hipsters et les bobos, ça existe aussi. Le Riese & Müller New Charger est un modèle 2018 d'une marque de "grand couturier". Le modèle 2017, selon les versions et options, avec une seule batterie, vaut entre 4 et 6000 roros. Pour le modèle de l'an prochain, photo ci-dessous avec batterie intégrée au cadre, comptez dans les 6200 pour le Riese and Muller New Charger NuVinci HS 2018. C'est du haut de gamme.

R m new charger

Riese et Muller new charger moteur Bosh Performance ou Performance Speed, tous câbles intégrés, transmission par courroie, boite de vitesse à variation continue Nu Vinci, tige de selle suspendue à parallélogramme, freins à disques hydrauliques Deore ou XT ou Magura MT-4, etc., etc., etc.

Je ne dis pas ça pour le vélo présenté à gauche, R&M est une marque à la réputation établie, néanmoins, la majorité des vélos électriques du marché va vers la sophistication avec beaucoup d'électronique qui est programmée pour penser et agir à la place de l'humain qui pédale, comme par exemple l'interruption ponctuelle du moteur pendant le changement de vitesse. J'ai toujours "débrayé" (arrêté de pédaler / actionné le levier / repris le pédalage en douceur) quand je change de vitesse. La manoeuvre semble très simple, je devais avoir moins de dix ans quand mon papa m'a dit comment faire, et je n'ai pas souvenir de ne pas y être arrivé. C'est exactement ce que font les automobilistes qui ont des boites manuelles. Et pourtant, quand on entend les craquements ignobles d'un changement de vitesse à vélo en pleine côte et pleine tension de chaîne, avec ou sans moteur, on en s'étonne pas ensuite que la transmission (chaîne, dérailleur) explose...

L'électronique pallie l'inexpérience, la distraction, et probablement une forme d'incapacité à apprendre. Les vitesses indexées avaient lancé le mouvement (invention géniale en VTT), les dérailleurs électriques et les boites de vitesse automatiques (oui, ça existe sur les vélos) en sont le dernier avatar. On progresse doucement mais sûrement vers une diminution de l'activité cérébrale. Je crois avoir lu que le QI de la population diminue. M'étonne pas. On peut également bien vivre avec du good enough (suffisamment satisfaisant) et un peu de jugeotte. 

J'ai des doutes sur la fiabilité de cette électronique embarquée quand on la sollicite dans des conditions difficiles (extérieur, pluie, froid, ou très chaud, après usure...). J'ai des gros doutes sur la réparabilité rapide de ces machines, très belles, de plus en plus luxueuses et sophistiquées (Bosh vient de sortir un ABS), mais peut-être relativement fragiles (je dis bien peut-être, je n'ai pas les compétences techniques pour en juger, je n'ai vu aucun résultat chiffré des tests éventuels, il est impossible d'avoir un retour statistique fiable). En fait, on ne sait pas, parce qu'on a peu de recul, les générations de matériels se succèdant vite avec des technologies encore très jeunes, et parce que les fabricants ne disent rien, même aux concessionnaires. Faire des voyages, surtout rustiques, avec un vélo électrique, c'est quand même prendre un risque. La vie est un risque, certes. Je pense néanmoins que les acquéreurs de VAE pour voyager, s'ils demeurent aventureux, ne sont pas (plus?) des aventuriers.

On voit cependant de temps en temps des voyageurs à électrons, encore dispersés, mais je me sens moins isolé. On en saura plus dans quelques temps. En cyclo-camping, c'est encore plus rare. J'ai quand même roulé au moins 45000 km en vélo électrique, dont une bonne proportion en voyage itinérant sous la tente. La seule vraie déconvenue aura été la panne de moteur au départ d'un voyage. J'ai voyagé heureux le reste du temps. Mes VAE ne tombent pas plus souvent en panne que... mon ascenceur par exemple, dans un immeuble neuf avec contrat d'entretien et tout et tout. Alors...

J'ai longtemps fait dans le déjà cousu. Du moins pour l'électrique. Pour le vélo "sec" (sans petit moteur), j'en étais venu au sur-mesure avec pièces sélectionnées. J'ai vu des vélos montés avec des kits moteur et batterie, et j'ai trouvé ça pas mal du tout. Un kit moteur pédalier est normalement constitué d'un moteur qui vient remplacer le pédalier, d'un contrôleur, d'un afficheur (compteur), d'une commande au guidon, d'un capteur de vitesse et d'un ensemble de câbles pour relier tout ça entre eux par des petites prises et avec une batterie. Tout est pré-monté et aucune compétence n'est requise en électricité ou électronique (et pour moi, ça tombait bien). Voici ci-dessous un VSF Fahrradmanufaktur TX400, donc déjà un bon vélo conçu pour le voyage, acoquiné avec un kit moteur Bafang BBS02. De mon côté, dans un atelier participatif, et avec l'aide bienvenue de plus compétents que moi, je m'en suis monté un qui y ressemble (vélo de même marque et même moteur) : réalisation du projet Fahrradfang et tests qui me convient vraiment très bien, mais qui exige éventuellement trop d'intelligence manuelle pour les béotiens électronifiés de partout.

Il existe des distributeurs pour ces kits moteur pédalier, les plus connus étant Cycloboost Ozo Declic Eco ou encore Moteur et velo. Ces distributeurs français peuvent aussi vous faire le montage, ont des pièces de rechange et sont tenus de vous garantir le matériel. Vous pouvez aussi acheter directement en Chine, en vous débrouillant pour le montage, la reprogrammation, les pièces, la garantie et la douane. Il existe ici et là des boutiques où on peut acheter et faire monter un moteur pédalier Bafang, comme par exemple à Nantes quai Ernest Renaud à l'Atelier du Poupoupidou.

Farhrrad tx400 bbs02

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Mon Fahrradfang.

Pour choisir

Pour choisir, il faut savoir ce que l'on veut faire avec le VAE, prendre le temps de comparer et d'échanger avec d'autres, et surtout essayer et essayer encore sur des terrains variés (longue promenade, ville, montées, chemins, sans et avec chargement...) différents modèles proposés chez un vélociste sérieux qui assurera rapidement un service après-vente de qualité, ou alors être suffisamment bon bricoleur pour monter un kit. C'est difficile. Louer n'est pas simple non plus, mais si on peut, c'est une bonne solution pour se faire une idée concrète avant de casser sa tirelire. Emprunter aux copains si c'est possible part du même principe.

Plusieurs modèles peuvent très probablement convenir pour le même type d'usage. J'apprécie plus particulièrement les dérailleurs externes, les développements courts, la précision et la sécurité des fourches rigides pour le portage de sacoches, les vélos bien protégés par des garde-boue, les lumières de qualité pour rouler l'hiver au petit matin et le soir, etc.. Ce ne sont pas que des lubies personnelles, plutôt le résultat de choix progressifs imposés par l'usage et les capacités. La qualité des composants, leur fiabilité, leur facilité de réparation, en électrique ou pas, sont des critères probablement plus partageables. Reconnaissons qu'il est difficile de comparer, car il n'existe pas de revue spécialisée ou de site à jour décrivant objectivement les nouveautés. Acquérir un VAE, même en s'étant informé sur les forums (tel le forum Cyclurba une mine très riche voire une bible) et auprès des vendeurs demeure quelque peu aléatoire. Est-ce si différent de bien d'autres produits (automobiles, réfrigérateurs, téléphone portable, etc.) ? Les marques et leurs réseaux, et le vélociste fiable de proximité, sont quand même des boussoles dans ce carphanaüm piégeux pour les consommateurs que nous sommes. Si, comme moi, vous n'avez jamais rien écouté en cours de physique, attendez-vous à devoir vous prendre un minimum la tête pour comprendre deux ou trois trucs de base. Ne vous contentez pas d'écouter les belles paroles des commerçants, pas mal d'entre eux ont appris à jouer de la flûte à Hamelin.

Un site a été fait par Marc, probablement retraité. Il donne des explications claires et simples sur le VAE, fait un tableau actualisé de 40 modèles de 700 à 1700€ et donne de judicieux conseils sur l'entretien de la batterie, éléments le plus coûteux de l'ensemble : choisir un vélo électrique a moins de 1700€

L'offre est donc étendue. Néanmoins, si l'état de votre fortune ne vous permet pas d'acquérir les produits (bien) finis proposés par l'industrie, ou si vous souhaitez laisser vos sous dans le bas de laine, ou encore les investir dans la boisson, ou encore disposer d'un moteur surpuissant pour chasser le carbone, il vous faudra être plus habile que je le suis, par exemple en montant vous-même un kit comme le Bafang. Voici un mode d'emploi conçu pour les personnes moyennement connaisseuses en mécanique avec un vrai effort de pédagogie : installer un moteur BBS sur un VTT des années 1990-2000

Les critères de mes choix sont là VAE de rêve pour le voyage et là aussi moteur roue ou moteur pédalier

A propos de l'autonomie, on pourra consulter cette page VAE combien de km ? approximatif  et, plus complet, la calculette autonomie Cyclurba

Un comparatif bien fait par Cyclable Alsace des moteurs en position centrale vendus en "tout en un" (déjà montés sur un vélo conçu pour le recevoir, pas des kits) : comparatif moteurs pédalier

Antoine de Vélowatt annonçait : vers Août ou Sept 2015 apparition aux environs de 1400 € d'un modèle à moteur pédalier et capteur de couple en roues de 700 et batterie 36v 12 ah (le Vélowatt Greenville). Velowatt propose des vélos électriques d'un vraiment bon rapport qualité/prix, dont des modèles à moteur pédalier. On peut voir ici un vélo à moteur pédalier commandé par un capteur de couple avec une batterie de 15,6 Ah (562 Wh) pour 1200€ : Bonneville pédalier 15Ah Bon, le cadre col de cygne, la suspension avant, les développements, peuvent être discutés, mais le reste est vraiment bien pour le prix et la qualité est au rendez-vous pour l'ensemble.

N'oublions pas que le meilleur critère de choix demeure l'essai, et même plusieurs de plusieurs types de vélo et d'assistances.

pour agrandir les photos, il faut cliquer dessus

Dscf3092La bouteille sous le tube diagonal de mon vélo ne contient pas un liquide à boire, c'est la réserve d'air sous pression pour le klaxon, un Airzound qui envoie 110 db. Aussi illégal qu'un VAE dont le moteur délivre une puissance de 1500 W. Personne n'est parfait, même pas moi...

5. Et y'a pas de soucis ?

Des soucis ? Non, pas spécialement. Les VAE de marque connue n'ont pas tellement plus de problèmes que les vélos sans moteur (pas moins non plus  trois pannes de VAE en deux ans). Je ne parle pas des machins improbables en promotion au supermarché avec des pièces introuvables, un service après-vente inexistant, etc. Avec mon kit moteur Bafang, en deux ans, j'ai eu... zéro problème. Les acheteurs des Velowatt en sont contents aussi.

Le VAE étant un engin spécifique, il présente des contraintes spécifiques, avec lesquelles il faut composer.

Le VAE c'est (plus) lourd, mais ce n'est pas gênant.

Un VAE est plus lourd qu'un vélo classique. A la louche 7 kg. Le poids supplémentaire modifie le comportement du vélo, qui se rapproche plus ou moins de celui d'un vélo lourd. Le cyclo campeur s'y accoutumera évidemment très vite, habitué qu'il est aux machines pesantes imposant de les mener avec mesure. Le "sportif" devra faire avec, ou préférer les modèles légers ressemblant le plus possible à son habituel vélo de compétition plutôt carboné ou aluminisé (genre dimanche matin), tels les Cube, Giant, Gitane, ou BH.

Fazua

De plus en plus intégrés et discrets. Ici le Cube Agree Hybrid C62 2018 à moteur et batterie de chez Fazua. Pour jouer à la petite course le dimanche matin dans la côte du moulin (sans moi). 

Les prix de ces engins sont à la mesure des ambitions sportives de leurs futurs propriétaires, élevés (5 à 8000€ selon version celui ci-dessus). Pour moins cher, avec un aspect plus bricolo et bien moins de discrétion, on peut se monter un kit Bafang 500 ou 750 ou 1000W sur un vélo de course avec un double plateau 42/48 de chez Preci Alps.

Le choix à faire est à peu près le même que pour un vélo non assisté. Le poids supplémentaire me semble être un faux problème, ou du moins ne pas être un critère majeur. Je préfère le confort, l'aptitude à porter et la fiabilité à la vitesse ou la nervosité, puisque je ne joue pas à la petite course. Que le vélo soit léger ou confortable, le moteur compense le poids, et cette question du poids est donc très relative, sauf si on doit le monter dans les étages par l'escalier, ou le porter dans les transports en commun.

Le VAE en panne sèche, ça ne devrait pas arriver.

Curieusement, cette question du poids est souvent liée à celle de l'autonomie. Il n'est pour moi pas plus question de pédaler sur mon VAE une fois la batterie vide que de pousser mon automobile en cas de panne sèche. L'autonomie se gère. En rechargeant sa batterie, en choisissant une grosse batterie et en roulant de manière à ne pas trop consommer (voir la page relative à l'autonomie :  VAE combien de km ? Approximatif).

A mon avis, la meilleure gestion est la succession de tests. Faire d'abord un certain kilométrage sur le plat par beau temps, puis le même avec un peu de relief, puis un autre sous la pluie et dans le vent, etc., et regarder ce qui reste selon la ou les jauges dont on dispose. Les "tests" sont aussi des entrainements pour le cycliste. Le VAE est un cycle bi-énergie. Cette progression était celle recommandée aux cyclistes dans un petit livret édité par Manufrance au début des années 1970. Elle est valide pour le VAE. Il contraint à y réfléchir un peu, guère plus que sans batterie

A condition de pouvoir y mettre un peu de sous, qu'on choisit de ne pas mettre ailleurs, une "grosse" batterie de 600 Wh (17 Ah en 36 V) permet de faire 150 km à allure relativement tranquille (15 à l'heure, mais ça va être long), et deux batteries de 500 Wh chacune autorisent de 170 à 200 km à bonne allure. Les batteries riquiqui de moins de 300 Wh (8 Ah en 36V) sont à réserver à de petits trajets domicile-travail (en rechargeant au bureau si besoin), ou faire les courses en ville, ou encore mener les vaches aux champs. Qui veut se promener loin prévoit un gros réservoir, et même un deuxième dans la sacoche, et en plus s'entraine avant de se lancer dans des aventures lointaines.

Un truc simplet en passant : j'entends souvent une confusion dans mes échanges avec des débutants à propos des recharges et des cycles. Un cycle est égal à 100 % de recharge de batterie. Si on recharge une fois à 50%, une fois à 40% et une fois à 10%, ça fait 50+40+10 = 100%, soit un cycle. N'hésitez pas à recharger aussi souvent que possible pour ne pas être à court de batterie, ça ne perturbera pas le fonctionnement et la durée de vie de la batterie. Une batterie donnée par le constructeur pour 700 cycles se recharge bien plus de 700 fois avant de faiblir... Pour la préserver, il faut par contre aller jusqu'au bout de la recharge (sauf cas exceptionnel pour ne pas tomber en panne sèche) y compris le temps d'équilibrage des cellules, c'est-à-dire attendre que la chargeur dise que la recharge est achevée.

La contrainte principale est en effet le rechargement de la batterie, mais c'est facile.

Il faut faire avec et s'adapter. Recharger à domicile est extrêmement simple. La batterie d'un VAE de qualité utilise la même technologie que celle d'un téléphone portable, et se recharge pareillement. C'est encore plus simple avec une batterie facilement détachable du vélo. On peut la recharger au garage, si on a une prise de courant, ou dans le logement ou le bureau. On branche le soir (ou le matin au bureau) dans une prise parfaitement banale, avec juste deux trous, quelquefois trois, et hop ! Le matin (ou le soir) on repart.

Recharge sous abriRecharger en extérieur est à peine plus compliqué. Pour un cyclo campeur, il faut prévoir la rallonge, l'adaptateur CE, et le chargeur. Un peu de place est prise dans les sacoches et un kilogramme de plus est à transporter. La batterie du vélo, son moteur et leur électronique ne risquent pas grand chose de la pluie. Le chargeur si. Lors de mes premiers voyages en VAE, j'ai promené une bâche, un mat, des sardines (piquets) et un sac pour emballer le tout. J'utilise maintenant des housses imperméables de sacoches pour protéger le chargeur et la prise sur la batterie, de volume et de poids quasi négligeables. Je gagne un kilogramme par rapport à la bâche. S'il pleut très fort et que je crains d'abîmer l'électronique, je détache la batterie du vélo et je recharge dans les toilettes du camping, la salle commune, ou dans ma tente. En extérieur, je protège mon vélo la nuit avec une housse du genre de celles à l'arrière des camping-cars.

Recharge sous tente

Le vrai souci non résolu : le vieillissement de la batterie

Une batterie vieillit, un peu comme si le réservoir d'essence d'une voiture se ratatinait au fil du temps. Le nombre de cycles n'est pas le vrai problème, même en roulant et en rechargeant tous les jours, même en roulant peu et en rechargeant rarement. Le vrai souci est qu'une batterie au lithium peut perdre de 5 et 10% de sa capacité chaque année. Une batterie neuve qui vous permet de faire 100 km ne vous en permettra plus que 65 à 85 km quatre ans plus tard dans les mêmes conditions de pédalage, température, poids, côtes, etc. Ensuite, elle vieillira encore plus vite et sa capacité chutera davantage. 

Une batterie se change ou se recycle, même si le modèle n'existe plus. Il existe des boites spécialisées dans ces réfections de batteries. Toutefois, si le modèle n'existe plus, il peut être plus difficile de changer de batterie car avec les systèmes propriétaires ("grandes" marques de moteurs européens et japonais de préférence) les contrôleurs des moteurs sont programmés pour ne fonctionner qu'avec des batteries de la marque (juste pour empêcher le client d'aller chez la concurrence) et il faut alors changer le contrôleur et la console en plus de la batterie. Vu le prix de la boite servant à transporter l'énergie, on souhaite que la technologie évolue, que le vieillissement soit moins rapide et que les constructeurs arrêtent de nous pigeonner avec les systèmes propriétaires. Evidemment.